L’arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement provincial dans le Haut-Uélé était censée incarner une rupture avec les pratiques opaques et clientélistes qui ont longtemps miné la crédibilité des institutions publiques. Pourtant, force est de constater que les espoirs placés en cette équipe dirigeante se sont rapidement transformés en une désillusion amère.
Le constat est sans appel : aucun appel d’offres public n’a été lancé depuis l’installation de ce gouvernement. Tous les marchés sont attribués de gré à gré, sans transparence, sans concurrence, et surtout, sans respect des principes élémentaires de bonne gouvernance. Comment expliquer ce revirement spectaculaire chez un ancien opposant qui, du temps où il était dans l’ombre, dénonçait avec virulence ces mêmes dérives ?
La loi sur les marchés publics impose une obligation de publicité et de mise en concurrence. Pourtant, depuis son accession au pouvoir, le gouvernement provincial du Haut-Uélé dirigé par Jean Bakomito Gambu semble avoir adopté une logique de cloisonnement et de favoritisme. Aucune publication officielle des projets financés par la province n’a été rendue publique.
Les contrats sont attribués directement à des entreprises choisies en catimini, sans justification ni contrôle. Aucun mécanisme de reddition des comptes n’est mis en place, ce qui ouvre la porte à des soupçons de détournement et de corruption. Si le gouvernement affirme ne pas dupliquer les financements déjà pris en charge par le gouvernement central, où sont les preuves ?
Où sont les appels d’offres, les procès-verbaux de sélection, les rapports d’évaluation ? Le silence est assourdissant. La Fédération des Entreprises du Congo (FEC) devrait être le premier rempart contre les abus en matière de marchés publics. Pourtant, sous la houlette de Felly Ututu, président de la section Watsa, elle semble s’être muée en machine à légitimer les dérives du pouvoir.
Felly Ututu, autrefois critique, est désormais perçu comme un relais violent du gouverneur Jean Bakomito Gambu, étouffant toute contestation au sein du patronat local. Ses déclarations à un journaliste de Durba – “C’est moi qui ai mis le gouverneur en place… nous n’allons pas servir sans avoir mangé nous-mêmes” – en disent long sur son rôle de gardien d’un système corrompu.
Alors que la FEC avait rompu tout accord avec l’ancien gouverneur Baseane Nangaa pour dénoncer les marchés truqués et les taxes détournées, elle ferme aujourd’hui les yeux sur des pratiques similaires, voire pires. Le gouverneur actuel Jean Bakomito, qui dénonçait jadis la gabegie financière, reproduit aujourd’hui les mêmes schémas qu’il combattait. Était-ce donc de la pure démagogie ?
Les promesses de réforme se sont évaporées au profit d’un système de prédation où seuls les proches du pouvoir bénéficient des contrats. L’absence de sanctions contre les irrégularités prouve que la corruption est institutionnalisée. L’Assemblée provinciale, au lieu de jouer son rôle de contre-pouvoir, se mure dans un silence complice. Pire, certains élus semblent bénéficier directement de cette opacité.
Quant à la justice, elle reste muette, alors que les preuves de violations flagrantes des procédures s’accumulent. Les petites et moyennes entreprises (PME), exclues des marchés, périclitent. Les prix des denrées flambent en raison des surcoûts liés aux contrats opaques (comme observé lors de la réhabilitation du pont Nzoro, où les retards et les surfacturations ont pesé sur l’économie locale).
La colère gronde parmi les opérateurs économiques, mais la répression des voix critiques s’intensifie. La société civile est muselée, tandis que les médias indépendants subissent des pressions. Face à cette dérive autoritaire et corruptrice, il est temps que la FEC retrouve son indépendance et cesse d’être l’instrument docile du pouvoir. La société civile et les médias intensifient leurs investigations pour exposer les malversations.
Les partenaires techniques et financiers conditionnent leur aide au respect des procédures de passation des marchés. Le nouveau gouvernement provincial a trahi ses promesses. Il est désormais clair que son combat passé contre la mauvaise gouvernance n’était qu’une mascarade électoraliste. La transparence n’est pas une option, c’est une obligation légale et morale. À ceux qui pensent pouvoir gouverner dans l’ombre, un rappel : l’histoire jugera.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












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