À Kisangani, ce 24 juillet 2025, un ministre provincial des transports fait plus que gérer des routes : il redéfinit l’engagement politique. Ghislain Mogenya Baraka ne se contente pas de promettre — il promet de passer la nuit en cellule avec les journalistes Sébastien Mulamba, Pompon Beyokobana et Steves Paluku si ces derniers ne sont pas relâchés.
Un geste rare dans un paysage politique souvent marqué par l’indifférence ou la complicité silencieuse. Alors que d’autres ministres jouent les spectateurs, Ghiyslain Mogenya choisit le terrain. Son engagement n’est pas un tweet éphémère ou une déclaration lénifiante : c’est une menace physique contre l’injustice. Je dormirai en prison avec eux — voilà un langage que les opprimés comprennent, loin des discours alambiqués des cabinets climatisés.
Pourquoi ça dérange ? Les calculs politiques volent en éclats. Un ministre qui risque son confort pour des journalistes bouscule les codes du pouvoir. L’effet miroir, son geste expose la passivité des autres. Quelle confusion dans ce gouvernement de la province de la Tshopo. Un ministre arrête, un autre compatit. Ghislain Mogenya ne pleure pas en silence, il instrumentalise sa compassion.
Il le fait pour déstabiliser les silences complices. Son offre de nuit en cellule est un piège pour ses collègues. Que fera le ministre des Finances (impliqué selon les rumeurs) ou le Gouverneur, resté muet ? Ghislain Mogenya espère récupérer l’opinion publique. Dans une province où les arrestations de journalistes sont souvent étouffées, il se pose en “protecteur”, un rôle traditionnellement dévolu à la société civile.
Mais il y a un scepticisme et des attentes. Et si les journalistes ne sont pas libérés ? Tiendra-t-il parole ? La crédibilité de Mogenya se jouera à l’aube. Un précédent dangereux : si chaque ministre doit dormir en prison pour prouver sa bonne foi, le pouvoir deviendra un sacerdoce… ou une comédie. Ghislain Mogenya, volontairement ou non, donne une masterclass. L’engagement se mesure aux actes.
Pas besoin de slogans creux quand on offre sa liberté en gage. La pression par l’exemple : son geste oblige les autres acteurs (médias, société civile) à sortir de leur torpeur. Ghislain Mogenya a peut-être trouvé la formule magique : un jour en prison vaut cent ans de discours. Reste à savoir s’il deviendra un modèle ou une exception tragique.
Une chose est sûre : à Kisangani, hier soir, la politique ne s’est plus fait en costard-cravate, mais en pyjama de prisonnier. Attention, messieurs les ministres : demain, les citoyens exigeront peut-être que vous partagiez aussi leur repas… ou leur famine.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













