Trois ans après le lancement officiel des travaux du mausolée d’Isidore Bakanja à Bokote, le projet reste une coquille vide, malgré des millions de dollars déjà débloqués sous l’ère Sama Lukonde. Pire, ceux qui osent dénoncer ce fiasco se retrouvent derrière les barreaux, victimes d’une répression orchestrée par le ministre de l’Aménagement du territoire, Guy Loando.
Alors que le procureur général Firmin Mvonde vient d’obtenir l’autorisation de poursuivre Constant Mutamba pour détournement de fonds, il est grand temps qu’il se penche sur ce dossier brûlant, où l’argent public a visiblement disparu dans les poches d’un des enfants gâtés de la République. Guy Loando aurait réussi l’exploit de transformer un projet sacré en farce politique.
En mars 2022, le Premier ministre Jean-Michel Sama Lukonde posait solennellement la première pierre du sanctuaire dédié au bienheureux Isidore Bakanja, martyr congolais de la colonisation. Un projet ambitieux, comprenant un mausolée, une auberge, une piste d’atterrissage et des infrastructures d’accueil, censé attirer des pèlerins et booster l’économie du Grand Équateur.
Guy Loando, alors ministre d’État en charge de l’Aménagement du territoire, avait été personnellement chargé par le président Félix Tshisekedi de superviser les travaux. Trois ans plus tard, rien n’a été livré. Pourtant, les fonds étaient disponibles dès le départ. Guy Loando lui-même l’avait confirmé en 2022, assurant que « les fonds pour l’exécution de la première phase ont été débloqués ».
Où est passé cet argent ? Les rapports d’avancement se sont évaporés, et les promesses de « suivi rigoureux » du ministre ne sont plus que des mots creux. Face à ce scandale, un collectif de citoyens et de membres de l’Église locale a tenté d’alerter l’opinion. Leur crime ? Avoir osé demander des comptes sur l’utilisation des fonds publics. Au lieu de répondre par la transparence, Guy Loando a choisi la répression.
Plusieurs membres de ce collectif ont été arrêtés, accusés de « trouble à l’ordre public » ou de « diffamation ». Cette méthode rappelle étrangement celle des régimes autoritaires : faire taire les critiques plutôt que de rendre des comptes. Alors que la RDC prétend lutter contre la corruption, comment expliquer qu’un ministre puisse impunément bloquer un projet stratégique tout en criminalisant ceux qui le dénoncent ?
Le 29 mai 2025, l’Assemblée nationale a autorisé des poursuites contre Constant Mutamba, ministre de la Justice, accusé d’avoir détourné 19 millions de dollars sur un projet de construction de prison à Kisangani. Firmin Mvonde, le procureur général, a montré qu’il n’avait pas peur des puissants. Il doit maintenant s’attaquer au dossier Guy Loando. Firmin Mvonde doit agir parce que les similitudes sont troublantes :
Des fonds publics ont disparu (débloqués mais non utilisés). Un projet stratégique laissé à l’abandon (alors que le mausolée devait être prêt pour la visite du Pape en 2023 ). Il y a une opacité totale (aucun audit public n’a été rendu). Si Firmin Mvonde a pu viser Constant Mutamba, pourquoi épargner Guy Loando ? Serait-ce parce que ce dernier serait, selon des indiscrétions, un « enfant chéri » de l’Union Sacrée pour la Nation ?
Guy Loando a beau se présenter comme un philanthrope (fondateur de la Widal Foundation ) et un technocrate efficace, la réalité est moins reluisante. Il serait plus facile de trouver un diamant dans le désert du Sahara que de voir les réalisations en terme d’aménagement du territoire avec Guy Loando. Sous son mandat, le mausolée de Bakanja Isidore est un éléphant blanc et des voix sont systématiquement étouffées.
Guy Loando serait le symbole d’un système où l’impunité règne tant qu’on est bien connecté. Le procureur général Firmin Mvonde a maintenant une occasion historique de saisir la Cour des comptes pour un audit indépendant de ce projet. Il doit interroger Guy Loando sur la gestion des fonds et libérer les militants arrêtés pour avoir exigé la transparence. Il ne pourrait en être autrement.
Si la justice ne bouge pas, ce dossier confirmera une triste réalité : en RDC, seuls les petits corrupteurs sont inquiétés. Les grands continuent en toute impunité. Les poursuites contre Constant Mutamba doivent devenir un modèle à suivre pour Guy Loando et les autres. Il faut rendre systématique les poursuites contre ceux qui sont accusés de détournement avant que ce dossier ne soit enterré comme tant d’autres.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













