Faut-il demander le certificat de résidence pour avoir le droit de penser ? À la médiocrité du raisonnement de Monsieur Héritier Mutupeke, porteur d’une réflexion binaire qui voudrait réduire la politique à une simple gestion territoriale, opposons une vérité plus haute : l’exil n’invalide pas la lucidité, pas plus que la présence locale ne garantit la justesse de vision.
L’argument de cet acolyte transhumant tombe dans le sophisme classique du “patriotisme de proximité” qui confond la légitimité avec la physicalité, et la critique avec la trahison. Depuis quand faudrait-il résider dans un lieu pour en percevoir les enjeux ? Karl Marx analysait-il le capitalisme britannique depuis la bibliothèque du British Museum ? Soljenitsyne décrivait l’archipel du Goulag depuis le Vermont.
La distance, bien au contraire, offre souvent cette hauteur de vue que la proximité immédiate oblitère. Votre défense du gouverneur Jean Bakomito Gambu comme simple “relais” d’une vision présidentielle révèle une conception profondément infantilisante de la démocratie. Le peuple n’a pas besoin de relais, mais de représentants ; pas d’exécutants, mais de responsables. Ce qui semble ne pas être le cas de votre champion selon vos déclarations.
Quand vous célébrez la mise en œuvre, vous validez silencieusement l’absence de vision propre et la soumission politique. Quant à l’argument d’autorité par l’ancrage local, il frise l’obscénité intellectuelle. Rappelons que la plupart des grandes consciences qui ont éclairé l’Afrique – de Franz Fanon à Aimé Césaire – parlaient depuis l’éloignement géographique. C’est-à-dire qu’ils n’étaient pas sur le continent africain.
Leur pertinence n’était pas mesurée à leur code postal, mais à la justesse de leur analyse. L’appel à “l’unité” et au “travail collectif” de ceux qui ont passé leur vie à insulter d’autres personnes qui ne pensent pas comme eux sonne comme la vieille rengaine des régimes autoritaires qui confondent consensus avec soumission et critique avec division. Un peuple mûr n’a pas besoin d’unanimité mais de débat ; pas d’adulation mais de contre-pouvoirs.
En vérité, ce débat dépasse largement la question de savoir qui a le droit de critiquer. Il touche à l’essence même de la démocratie : un système où la légitimité du gouvernant se mesure à sa capacité à supporter la contradiction, où la vérité n’est pas la propriété exclusive de ceux qui occupent le territoire, et où la pensée critique reste le premier devoir du citoyen – qu’il réside à Isiro ou à Bruxelles.
La véritable trahison ne serait pas celle de l’exilé qui observe, mais celle du pouvoir qui refuse d’être regardé. Le gardien du village autoproclamé interdit au propriétaire foncier puisqu’il réside momentanément à l’étranger de signaler l’incendie, sous prétexte qu’il ne connait pas l’emplacement de chaque case. Pendant ce débat, c’est toute la forêt qui pourrait partir en fumée.
Le crapaud, perché sur une souche, se croit plus haut que la montagne. Qu’il sache seulement que l’aigle, qui plane dans le ciel lointain, voit à la fois la souche et la montagne. En gros, votre myopie orgueilleuse parce que vous êtes sur le terrain surestime votre perspective d’une vue basse et limitée à la vision panoramique et éclairée de celui que vous qualifiez d’exilé qui perçoit l’ensemble des enjeux.
François Anga Kupa / Lobjectif.net













