Herman Amisi l’humoriste, le père du concept « Surveillez le fleuve »: Un concept saugrenu au départ ?

Beaucoup ne connaissaient même pas avant la présente Coupe d’Afrique des nations en Côte d’Ivoire l’existence de l’humoriste congolais de la RDC Herman Amisi, créateur du fameux concept humoristique  » Surveillez le fleuve ». Un humour caustique, une moquerie, une provocation, une plaisanterie de très mauvais goût. Son concept, grâce aux réseaux sociaux, fait le tour du monde.

Un succès combiné à la belle prouesse des Léopards en coupe d’Afrique des nations actuellement demi- finalistes. Il faut remonter dans les années 60-70 lorsqu’il y avait une belle concurrence entre les deux Congo sur le plan musical, sportif et même idéologique. À un succès de l’une des rives, l’autre ripostait immédiatement dans une sorte d’émulation. Une motivation réciproque, une véritable histoire d’amour.

Sans oublier l’amour-haine qui animait les deux peuples et les dirigeants des deux Congo en commençant par Massamba Debat-Tshombe Moïse en passant par Mobutu Joseph Désiré-Marien Ngouabi. Les deux pays frères séparés par le fleuve, une frontière naturelle commune. Une proximité ponctuée par des querelles et réconciliations.

Qui a oublié la réponse de la RDC, Zaïre en 1974 après la victoire des « Diables rouges » au Cameroun en 1972 en coupe d’Afrique des nations à la 8ème édition avec les Mbono Sorcier, François Mpele, Moukila Paul, Maxime Matsima, Tandou Paul, Ndolu, Ndengaky, Minga Pépé, Mantongo Soukous, Bahamboula Jonas sous la houlette du sélectionneur Bibanzoulou Amoyen ?

Les Congolais de Brazzaville vont baptiser ce trophée africain du nom de « Marie-Jeanne ». Chaque jour, la radio de la révolution émettant à Brazzaville bassinait les oreilles de Kinshasa avec la chanson éponyme de l’orchestre les Bantous de la Capitale « Marie-Jeanne ». Fouettés dans leur orgueil, les Congolais ex-Zaïrois, vont prendre leur revanche en Égypte en remportant l’édition 1974.

Remporter la 9ème édition en détrônant les Congolais de Brazzaville eut un goût particulier. Le trophée sera débaptisé du nom de « Moseka » à Kinshasa et traversa le fleuve Congo en 1974. C’était de bonne-guerre. Et déjà à la victoire de l’équipe de l’AS Vita-Club de Kinshasa en coupe d’Afrique des clubs en 1973, les Congolais de la Renaissance Athlétique Club Aiglon « CARA » en sigle répondront en 1974 par un titre de champion d’Afrique des clubs aussi.

Une période fastueuse dans l’histoire sportive de deux Congo. Aujourd’hui, cette concurrence qui motivait les deux pays a disparu de suite à la crise économique, politique et sociale dans les deux Congo. La guerre civile qui a ravagé Brazzaville et ses environs en 1997 a privé ce pays d’une grande partie de sa future élite intellectuelle et sportive.

Le pays ne s’est pas encore entièrement relevé ni reconstruit depuis. Quant à la RDC, la mauvaise gouvernance, la guerre dans l’Est du pays et la mégestion ont fait le reste et ont fini par achever un pays agonisant. Et c’est dans ce contexte qu’intervient Herman Amisi avec son concept « surveillez le fleuve ». Quand on sait que parmi les 24 pays qualifiés pour la phase-finale de la CAN dont fait partie la RDC, la voisine brazzavilloise « les Diables rouges » est absente.

Il y a lieu de qualifier ce concept de provocation et non pas de l’humour. Même si aujourd’hui on essaie un peu de relativiser les faits. L’idée initiale de l’humoriste Herman Amisi était avant tout de provoquer, de choquer et de se moquer de nos frères d’en face, obligés de rester devant la télé à Brazzaville tandis que les Léopards de la RDC seront à la fête en Côte d’Ivoire.

Et en les obligeant de veiller sur le majestueux fleuve Congo, relégués au rang des sentinelles. Ce qui est en soi une insulte. Même si l’humour est devenu très viral sur les réseaux, c’est surtout grâce à l’humilité, de la hauteur prise et à la grandeur d’esprit de nos frères congolais d’en face qui ont accepté cette tâche nouvelle et harassante de « surveiller le fleuve Congo » mais à la seule condition que les Léopards ne soient pas des touristes en Côte d’Ivoire et qu’ils ramenent le trophée tant convoité à la maison.

Un encouragement tacite, une pression de plus pour les Léopards obligés de faire mieux que de la figuration en Côte d’Ivoire. Et jusqu’à la preuve du contraire, ça leur va bien. Ils vont rester pendant un mois quelle que soit l’issue de la compétition étant déjà les demi-finalistes. Transcendés certainement par ce concept pour ne pas être ridicules.

La maturité et la bonne éducation des Congolais de Brazzaville ont fait en sorte qu’une provocation si caustique soit tournée en dérision et devienne un sujet de divertissement et de joie. Pas sûr que le contraire aurait eu le même effet. Les Congolais de Kinshasa auraient-ils réagi de la même façon à une telle provocation ? Pas sûr.

Eu égard de ce qui se passe actuellement, je ne suis pas certain qu’à la prochaine édition de la coupe d’Afrique des nations en 2025, les Diables rouges seront absents. La concurrence est de nouveau relancée. Peut-être personne ne serait plus là pour surveiller le fleuve Congo lors de la prochaine Coupe d’Afrique des nations !

Le seul mérite de l’humoriste Herman Amisi aujourd’hui est celui d’avoir pu réveiller une concurrence ancienne malgré lui. Le Congo-Brazzaville sera là et ne manquera certainement pas le prochain rendez-vous pour rien au monde. Qui surveillera le fleuve en 2025 ? Le pari est donc lancé ! Merci aux Brazzavillois pour votre grandeur d’esprit. Mais surveillez le fleuve quand même car bientôt ça sera la fin de la compétition, on reviendra alors vous relayer.

Dary Abega / Lobjectif.net

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