Pendant plus de douze audiences, la Cour militaire de Ndolo a été le théâtre d’un dossier où la démesure le disputait à l’imprécision. Ce jeudi 4 juin 2026, dès 13h20, les honneurs militaires ont ouvert une audience très attendue. Le Premier Président, après avoir fait appeler l’affaire PR 540/026 et constaté la présence des prévenus et des parties civiles, a choisi de dispenser la lecture intégrale du verdict pour se recentrer sur l’exposé des faits.
Il a reconstitué cette soirée pyjama qui a mal tourné, l’irruption surprise de trois garçons au domicile de Philémon Mambabua, la colère de ce dernier, puis les excuses de Marie-Ange Mushobekwa qui auraient dû clore l’incident. Mais la plainte déposée le lendemain pour torture et séquestration allait ouvrir une saga judiciaire où l’irrationnel n’a jamais été loin. L’impression générale qui se dégage de ce procès est celle d’un écart abyssal entre les attentes initiales et la réalité juridique.
La demande de dommages-intérêts, chiffrée à 3 millions 400 mille dollars américains, est devenue le symbole de cette déconnexion. Face à elle, la Cour a constaté qu’aucune pièce comptable n’avait été versée au dossier. Elle a donc statué en équité, réduisant la réparation à 25 000 dollars, soit 5 000 dollars pour chacune des cinq parties civiles. Un montant qui, au-delà de sa modestie comparée aux prétentions initiales, souligne la fragilité d’une accusation bâtie sur des preuves contestables.
Des témoignages sujets à caution et l’absence de constats médicaux irréfutables. L’irrationnel n’a pas seulement tenu la Cour en haleine : il a failli emporter la réputation d’un homme sur la seule foi d’un verbe — “maîtrisez-les” — que rien ne permettait de traduire en ordre de torture. Au final, la Cour a dit le droit. Philémon Mambabua est acquitté, les deux policiers condamnés à deux ans, et les dommages-intérêts ramenés à une fraction infime de la demande.
Le Ministère public, qui avait requis deux ans avec sursis et des circonstances atténuantes, voit son propre doute confirmé par la décision des juges. L’appel reste ouvert, mais pour l’heure, ce verdict rappelle une vérité essentielle : la justice ne se nourrit ni de rumeurs, ni de chiffres extravagants, mais de preuves.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













