Dans un pays où les cicatrices de la souffrance collective sont profondes et permanentes, les réactions de l’autorité congolaise et de certains membres de la coalition au pouvoir soulèvent des questions essentielles sur la nature de l’indignation et la cohérence morale. Une fois à Kinshasa, rien ne montre sur le plan institutionnel que la RDC est occupée et en guerre depuis 30 ans.
Le geste courageux de ces congolais qui ont bravé les interdits pour attirer l’attention sur le silence hypocrite de la communauté internationale face au génocide massif de plus de 12 millions de Congolais est un écho puissant de la nécessité de parler quand d’autres choisissent de se taire. Qui a l’âme élevée sans être fort sera hypocrite ou abject. Il faut au coeur perfide, visage serein.
Pendant des décennies, la RD Congo a été le théâtre de crimes innommables, d’une violence inouïe et d’une instabilité chronique. Malgré cette réalité brutale, les voix qui devraient résonner le plus fort restent parfois étouffées par des calculs politiques et des intérêts changeants. Ce qui était hier nié avec véhémence est aujourd’hui une évidence terrifiante : le Congo saigne, et le monde doit le reconnaître.
Ce qui rend cette situation encore plus déchirante, c’est le double standard flagrant qui prévaut. Ceux qui remettaient en question l’existence même des conflits en RDC se retrouvent maintenant à pointer du doigt ceux qui refusent de se conformer à leurs récits préfabriqués. L’indignation sélective, motivée par des alliances politiques et des humeurs changeantes, ne peut plus être tolérée dans un contexte où la vérité doit éclairer chaque pas que nous faisons.
Il est temps de réclamer une cohérence authentique, une solidarité inébranlable et une attitude résolue qui transcende les frontières politiques et les intérêts personnels. Les cris étouffés des millions de Congolais qui ont perdu la vie dans l’indifférence générale exigent que nous soyons des témoins intègres, des défenseurs inflexibles de la vérité et des agents de changement qui refusent de se conformer à la complaisance de l’oubli.
L’indifférence n’est pas une option. Nous devons choisir de soutenir ceux qui osent briser le silence, de défendre la dignité de ceux qui souffrent et de combattre l’injustice où qu’elle se trouve. C’est seulement en embrassant cette responsabilité collective que nous pourrons véritablement honorer la mémoire de ceux qui ont été perdus et bâtir un avenir où l’indignation n’est plus un luxe réservé à quelques-uns, mais un devoir sacré pour tous.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













