Pour la première fois depuis l’ouverture des débats, Philémon Mambabwa s’est livré à une défense méthodique devant la cour, opposant un démenti cinglant à l’intégralité des charges qui pèsent sur lui. Le prévenu a ouvert son intervention par une exclamation lourde de sens — “Je suis choqué” — avant de déconstruire point par point la narration qui le présente comme un tortionnaire de la nuit.
Sur la prétendue tentative de conciliation via John Kanyoni Nsana, il oppose une fin de non-recevoir catégorique, qualifiant cette allégation de pure “fausseté”. Selon sa version, son appel à cet ami commun visait exclusivement à exposer sa propre lecture des événements face à ce qu’il décrit comme une cabale médiatique et administrative orchestrée avant même que la mère des enfants n’ait franchi le seuil de sa propriété pour les récupérer.
Une chronologie qui, si elle était avérée, inverserait radicalement la charge de la préméditation. Le cœur de la défense de Philémon Mambabwa repose sur une redéfinition sémantique et factuelle de la nuit du 20 au 21 décembre. Face aux accusations de violences, il admet avoir donné l’ordre de “maîtriser” les intrus — un terme dont l’interprétation a cristallisé les débats d’audience. La Cour relançant le prévenu pour savoir ce que voulait dire selon lui “MAÎTRISER” ?
Il a alors circonscrit strictement la portée à un impératif de rétention face à des individus qu’il présente comme des inconnus ayant pénétré les espaces privés de ses filles, potentiellement en état d’ivresse. Il se défausse de toute responsabilité sur l’état de santé des jeunes gens, suggérant que leurs éventuelles blessures pourraient être antérieures à leur arrivée dans sa résidence. Ils seraient partis de leur maison à 23h selon Marie-Ange Mushobekwa et seraient arrivés chez Philémon Mambabwa vers 2h30 – 3h du matin.
Le tableau qu’il brosse est celui d’un père de famille confronté à une violation de domicile nocturne, agissant dans l’urgence et non dans le cadre d’un châtiment planifié. L’audience a toutefois révélé que le dossier est encore loin d’être instruit dans sa totalité. Les déclarations de Mambabwa, pour fermes qu’elles soient, restent suspendues à la comparution de témoins dont l’absence ce jour-là a été remarquée.
La cour a pris acte du renvoi de l’affaire, plaçant ses espoirs d’éclaircissement dans les auditions à venir de John Kanyoni Nsana, dont le rôle exact d’intermédiaire reste à définir, et surtout du couple central formé par Sakina le fille mineure invitée par Malaïka Mambabwa et Claudien Likulia le fils majeur de Marie-Ange Mushobekwa. Ce sont ces deux jeunes gens qui détiennent potentiellement la clé de l’énigme.
Leur présence à l’origine de la soirée, leur isolement dans la chambre et le contexte exact de l’arrivée des garçons chez Mambabwa demeurent les zones d’ombre les plus épaisses du dossier. En attendant leur témoignage, la version du “père offensé” gagne en consistance et instille un doute méthodique sur le récit monolithique d’une violence gratuite servi jusqu’ici à l’opinion.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













