Jean Bahebeck, 62 ans, chirurgien orthopédiste de renom, n’est pas un politicien de carrière. Pourtant, sa désignation comme candidat de l’UPC pour la présidentielle d’octobre 2025 a secoué l’establishment camerounais. Face à un Paul Biya de 92 ans, au pouvoir depuis 43 ans, Jean Bahebeck incarne une rupture générationnelle et idéologique.
Son discours, teinté de radicalité, promet de “faire du Pala Pala” contre ceux qu’il qualifie de “bande organisée” au pouvoir. Son parcours atypique dans un paysage politique figé et un système sclérosé intrigue. Mais son parcours est semé d’embûches. Dès sa désignation en janvier 2025, des factions de l’UPC, comme celle de Robert Bapooh Lipot, ont contesté sa légitimité, l’accusant d’être le produit d’une “manipulation”.
Pourtant, Jean Bahebeck a su s’imposer avec 27 voix sur 139 au comité directeur, devançant des figures comme Michel Eclador Pekoua et Baleguel Nkot. Il a un programme audacieux axé sur la santé, la diaspora et la langue nationale. Jean Bahebeck ne se contente pas de critiquer – il propose. Ses idées frappent par leur audace. Il propose la Couverture Santé Universelle (CSU).
“Le patient ne paie rien”, affirme-t-il, promettant une prise en charge totale pour les enfants, femmes enceintes et patients nécessitant des traitements lourds comme la chimiothérapie. La diaspora comme levier : Avec 12 000 ingénieurs camerounais en Allemagne et 5 000 médecins en France, il veut créer des députés de la diaspora et faciliter leur retour. Enfin, une langue camerounaise unifiée.
Inspiré par un alphabet national de 26 lettres, il propose une langue fédératrice, mélangeant les idiomes locaux. Ces propositions contrastent avec le statu quo, mais soulèvent des questions : comment financer la CSU dans un pays aux caisses vides ? Comment convaincre une diaspora souvent méfiante ? Il y a encore la bataille des légitimités au sein de l’UPC.
L’UPC, parti historique fondé par Ruben Um Nyobè, est aujourd’hui éclaté en factions rivales. Bahebeck, soutenu par le “Comité directeur inclusif”, fait face à une opposition interne menée par Dominique Yamb, candidat surprise soutenu par la faction de Rose She . Certains upécistes l’accusent même d’être un “opportuniste”, lui reprochant d’avoir abandonné ceux qui l’avaient initialement désigné à Bafoussam .
Pourtant, Jean Bahebeck bénéficie d’une popularité médiatique rare. Son passage remarqué dans l’émission 2025 RDV sur Canal 2 International a marqué les esprits, consolidant son image d’homme du changement. Il a un défi colossal, celui d’affronter le système Paul Biya. Le vrai test sera électoral. Face au RDPC, machine bien huilée, Jean Bahebeck mise sur une alliance large.
Jean Bahebeck évoque (sans la confirmer) une possible entente avec des figures comme le chanteur Papillon. Mais le régime a déjà montré sa capacité à diviser l’opposition – comme en 2018 avec Maurice Kamto. Il est un candidat à hauts risques. Jean Bahebeck n’est pas un révolutionnaire, mais un réformiste radical. Son succès dépendra de sa capacité à unifier l’UPC, à convaincre au-delà des villes.
Mais aussi à résister aux pressions d’un système qui étouffe ses adversaires depuis des décennies. Une chose est sûre : sa candidature, qu’elle triomphe ou échoue, aura fissuré le monolithe politique camerounais. Le Cameroun peut être le meilleur pays de la Terre, mais il est entre les mains des satanistes a-t-il coutume de dire.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain/Consultant senior cabinet CICPAR













