L’élection de Jean Bakomito Gambu au poste de gouverneur du Haut-Uélé en avril 2024 avait suscité l’espoir d’une administration provinciale tournée vers le développement et la transparence. Pourtant, moins d’un an après sa prise de fonction, son exercice du pouvoir est entaché par des absences répétées et des dépenses opaques.
Selon des sources multiples, le Gouverneur Jean Bakomito aurait passé plus des trois quarts de son temps hors de la province, accumulant des frais de mission exorbitants tandis que les priorités locales sont délaissées. Il est temps d’examiner les implications financières et administratives de ces déplacements par un contrôle urgent par la commission économique et financière de l’Assemblée provinciale.
Dès juillet 2024, soit trois mois après son élection, Jean Bakomito Gambu était signalé en déplacement à Watsa, où une “visite d’itinérance” était organisée. Si cette mission pouvait sembler légitime, elle a inauguré une série de déplacements fréquents et prolongés, notamment au Lualaba, et surtout à Kinshasa où il aurait élu domicile, voire même en Europe où il a été vu cette semaine à Bruxelles en Belgique.
Aucune justification officielle n’a été fournie pour ces séjours, qui excèdent largement le cadre des représentations diplomatiques ou des rendez-vous institutionnels ordinaires. Le gouverneur serait absent du Haut-Uélé plus de 75 % du temps. Aucun compte-rendu public ne détaille les objectifs ou les retombées de ces “missions”. Sa meute numérique se contentant d’invectiver tous ceux qui se posent des questions sur cet absentéisme avéré.
Les frais de mission, encadrés par la loi, sont destinés à couvrir les dépenses nécessaires aux déplacements professionnels. Cependant, leur utilisation excessive ou injustifiée peut constituer un détournement déguisé. Pour un gouverneur provincial, ces frais incluent les indemnités kilométriques et frais de transport (avion, véhicule personnel), frais d’hébergement et frais de repas sans oublier les frais de représentativité.
Un séjour de 10 jours en Europe pour un seul pays pourrait coûter jusqu’à 6 000 € (vols en Business Class), 3 500 € (hébergement), et 2 500 € (repas), soit 12 000 € par voyage. Pour les déplacements nationaux (Kinshasa/Lualaba) : Un séjour de 5 jours pourrait atteindre 60 000 € (location avion aller-retour), 1 500 € (hébergement), et 1 000 € (repas), soit 62 500 € par déplacement.
Si le gouverneur effectue ne serait-ce que 10 déplacements nationaux et 3 internationaux sur un an, le total s’élèverait à environ 655 500 €. Cette estimation n’inclut pas les frais de “représentativité” (cadeaux, événements protocolaires), souvent moins contrôlés. Le budget provincial du Haut-Uélé est structurellement fragile, comme en témoignent les études sur la gestion des finances publiques en RDC.
Les dépenses de “missions” du gouverneur contrastent avec l’abandon de postes budgétaires essentiels. Il y a des secteurs impactés par le sous-financement. Des centres de santé manquent de médicaments ; les écoles fonctionnent sans matériel pédagogique. Les routes et ponts ne sont pas réhabilités, pourtant priorisés dans le projet de société de Jean Bakomito. L’exécution du budget montre des signes de fragilité structurelle.
L’autorité de l’État peine à s’imposer dans certaines zones, faute de moyens. La moitié de notre estimation sur les déplacements et frais de mission de “Goliath” pourraient financer la construction de 10 salles de classe équipées, l’achat de médicaments pour 100 000 patients et la réhabilitation de 50 km de route secondaire. L’Assemblée provinciale du Haut-Uélé, chargée de contrôler l’exécutif, semble inactive face à ces dérives.
Cette passivité reflète une tendance nationale : comme le note une étude académique, “l’inefficacité du contrôle de l’assemblée provinciale est due à des facteurs institutionnels, dont la faiblesse des ressources humaines et le manque de transparence du gouvernement provincial”. Aucun audit des frais de mission du gouverneur n’a été exigé. Aucun débat public sur l’impact de ses absences.
Certains députés provinciaux bénéficieraient de “faveurs” en échange de leur silence. La rentrée budgétaire de septembre 2025 doit être l’occasion pour l’Assemblée provinciale d’exercer son devoir de contrôle. La commission économique et financière doit exiger la production de tous les justificatifs (billets, factures, ordres de mission) pour 2024-2025 et mesurer le coût d’opportunité de ces dépenses (exemple : nombre de projets annulés ou reportés).
Le Sankuru a récemment connu un scandale de détournement de fonds. Le Haut-Uélé doit éviter ce scénario. Il faudra saisir la justice si des irrégularités sont avérées, sur la base de la loi congolaise contre la dilapidation des deniers publics et un pouvoir provincial qui trahit ses promesses envers le peuple qui lui a confié à travers ses élus (députés provinciaux) le pouvoir. Jean Bakomito Gambu avait promis de “bâtir une province forte, stable et prospère”.
Mais son administration se caractérise par un absentéisme chronique et des dépenses somptuaires. Ses déplacements fréquents, bien que légaux en apparence, s’apparentent à un détournement déguisé des fonds publics, aggravant la précarité des populations du Haut-Uélé. La rentrée budgétaire de septembre 2025 doit être un moment de reddition des comptes.
L’Assemblée provinciale doit impérativement calculer précisément les dépenses engagées pour les “missions” du gouverneur, mesurer leur impact sur l’exécution du budget 2025 et sanctionner tout abus avéré. Sans cela, la gouvernance du Haut-Uélé restera un exemple de plus de l’échec de la décentralisation en RDC, où les élus servent leurs intérêts avant ceux des citoyens.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













