Lorsque Jean Bakomito Gambu a pris les rênes de la province du Haut-Uélé il y a près d’un an et demi, ses discours enflammés laissaient entrevoir une ère nouvelle pour cette région riche en ressources mais paradoxalement enfoncée dans la pauvreté. Avant la rentrée parlementaire, son bilan en demi-teinte frôle la tromperie dans une trahison des promesses faites aux populations.
Aujourd’hui, force est de constater que le vernis des promesses s’écaille, révélant une pratique du pouvoir aussi nauséabonde que celle de son prédécesseur, Christophe Baseane Nangaa, qu’il avait pourtant vivement critiqué. Avec “Goliath”, les vieilles méthodes éculées ont refait surface sous un nouveau visage. Le clientélisme et les pratiques douteuses ont atteint des sommets jusque-là insoupçonnés.
Jean Bakomito Gambu, qui se présentait comme le chantre de la modernisation politique, s’est entouré d’une armée de thuriféraires dont le seul talent est de débiter des âneries sur les réseaux sociaux. Loin de la redevabilité promise, sa communication est un saupoudrage de fanfaronnades qui ne trompe plus personne. Les “bras cassés” qui composent son cercle rapproché sont les mêmes qui ont toujours siphonné les ressources de la province, maintenant ainsi le Haut-Uélé dans un immobilisme criant.
Alors que la rentrée budgétaire du 15 septembre 2025 approche, il est crucial de faire le bilan de l’exercice passé. Quel était le budget de 2025 ? Quelle en a été l’exécution ? Les questions restent sans réponses précises, mais les indices recueillis sont alarmants. Nous avons consulté le tableau des finances présumées du Haut-Uélé (2025) : Budget prévu (estimation), Exécution (estimation) et Taux de réalisation
Infrastructures routières : Budget 15 millions USD, Exécution 3 millions USD, Taux de réalisation 20%
Santé publique : Budget 8 millions USD, Exécution 2.5 millions USD, Taux de réalisation 31%
Éducation : Budget 10 millions USD, Exécution 4 millions USD, Taux de réalisation 40%
Développement minier : Budget 20 millions USD, Exécution 5 millions, Taux de réalisation USD 25%
Protection environnementale : Budget 5 millions USD, Exécution 0.5 million, Taux de réalisation USD 10%
Le Haut-Uélé regorge de ressources minières, pourtant, comme le reconnaît Bakomito Gambu lui-même, les opérateurs miniers, notamment ceux soutenus par des expatriés chinois, ne versent qu’environ 2% des taxes qu’ils devraient payer. Cette incapacité à mobiliser les recettes est un aveu d’échec cuisant pour un gouverneur qui promettait d’assainir le secteur et de redistribuer les richesses aux populations.
Les soi-disant réalisations en matière d’infrastructures sont un leurre. Les “goudrons décollables à la première pluie” ne sont pas des réalisations mais des crimes contre l’argent du contribuable. Le taux d’exécution des projets infrastructurels ne dépasse pas 20% selon les estimations, et la qualité des travaux est si médiocre que les routes se délitent dès les premières gouttes de pluie.
Pour détourner l’attention de ses échecs, Jean Bakomito Gambu mise sur le développement sportif, annonçant pompeusement la modernisation du stade Maman Mobutu à Isiro. Mais dans une province où les hôpitaux manquent de médicaments et les écoles de bancs, cette priorité semble pour le moins surprenante. “Mwana Nzambe” utiliserait le sport comme une diversion comme l’environnement qu’il a sacrifié sur l’autel du profit.
Les opérations minières irrégulières se poursuivent, causant destruction environnementale et pollution de l’eau. Les puits abandonnés ont déjà provoqué la mort d’au moins 17 personnes depuis que Jean Bakomito Gambu est en poste. Une situation catastrophique que le gouverneur dénonce en paroles mais qu’il semble impuissant à enrayer dans les faits. Où est la ligne vérifiable des actions gouvernementales promise ?
Où sont les comptes-rendus détaillés de l’exécution budgétaire ? Les tentatives de restauration de la confiance, comme la visite de l’inspecteur général de la PNC, ne masquent pas l’absence de transparence dans la gestion des fonds publics. Jean Bakomito Gambu a trahi les espoirs placés en lui en s’entourant de courtisans médiocres et en tolérant même les pratiques prédatrices que son prédécesseur n’avait osé mettre en place.
Il échoue à mobiliser les recettes dues par les exploitants miniers et condamne le Haut-Uélé à l’immobilisme. Les populations méritent mieux que des fanfaronnades numériques et des routes en carton. Elles méritent des comptes, des résultats, et une véritable transformation de leur quotidien. Le temps des vacances parlementaires est terminé ; celui de la redevabilité doit maintenant commencer.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













