Dans le Haut-Uélé, le silence médiatique est la nouvelle Constitution. Cette province congolaise riche en or et en contradictions, est désormais gouvernée par une loi non écrite : celui qui parle sera brisé. Depuis l’ascension de Jean Bakomito Gambu, la démocratie y est devenue un mot creux, remplacée par un régime de terreur judiciaire et médiatique.
Les radios locales muselées, la société civile réduite au silence, et les salaires impayés : voici le bilan d’une gouvernance qui préfère les menottes aux débats. Il s’observe depuis peu une chasse aux voix dissidentes. Le procureur général près la Cour d’appel du Haut-Uélé, transformé en bras armé du gouverneur, a lancé une vague de mandats de comparution contre les directeurs de radios locales.
Objectif ? Les intimider pour qu’aucun opposant, aucun critique, aucune voix discordante ne trouve refuge sur les ondes. La méthode ? Interdiction formelle de donner la parole à quiconque ose contredire Jean Bakomito Gambu. La menace est beaucoup plus explicite par ceux qui se déclarent “communicateurs de Gouv” : “Toute personne qui se permettra encore de critiquer le gouverneur sera arrêtée”.
Conséquence ? Une presse en état de mort cérébrale, où l’autocensure est devenue la norme. Les membres de la société civile, traditionnels garde-fous démocratiques, sont désormais interdits de critique. Leur crime ? Avoir rappelé que les mines illégales soutenues par des Chinois détruisent l’environnement sans compensation, les fonctionnaires provinciaux ne sont plus payés, malgré les promesses répétées.
La population est abandonnée, livrée à une crise humanitaire silencieuse. Résultat : des arrestations arbitraires, des intimidations, et une peur qui s’installe comme un brouillard toxique. L’ironie du pouvoir est que Jean Bakomito serait l’homme qui vendait son siège pour un million de dollars selon certaines langues proches de l’ancien Gouverneur Christophe Baseane Nangaa.
Avant d’être gouverneur, Jean Bakomito était sénateur puis a été élu député national et provincial. En mars 2024, il aurait vendu son siège pour 1 million de dollars à Christophe Baseane Nangaa, frère du controversé Corneille Nangaa (leader de l’Alliance du Fleuve Congo). Il faut souligner que Jean Bakomito Gambu et Christophe Baseane Nangaa sont alliés dans l’alliance de Gombe qui gouverne à Isiro.
Pour Jean Bakomito, la politique n’est pas un service public, mais une marchandise. L’hypocrisie atteint son paroxysme lorsque celui qui aurait monnayé son mandat ose aujourd’hui traquer ceux qui critiquent sa “mauvaise gouvernance”. Pendant que Jean Bakomito orchestre sa chasse aux sorcières, la population du Haut-Uélé subit des mines illégales qui empoisonnent ses rivières et tuent ses enfants (17 morts dans des puits abandonnés).
La population vit sans salaires (les fonctionnaires provinciaux ne sont plus payés) et elle est privée de voix, réduite à un silence forcé qui rappelle les pires heures des dictatures. La démocratie dans le Haut-Uélé est en lambeaux. Un scénario qui rappelle les régimes les plus sombres. Jean Bakomito Gambu ne se contente pas de gouverner : il détruit méthodiquement les fondements démocratiques.
La liberté d’expression ? Interdite. La justice indépendante ? Devenue outil de répression. La redevabilité ? Absente. Pire encore : ce recul démocratique se déroule dans l’indifférence générale, comme si la RDC avait oublié le Haut-Uélé qui est pourtant la province d’origine du créateur de la nébuleuse Grande Orientale. L’urgence est de briser ce silence. Le Haut-Uélé n’est pas une province en crise : c’est une province enchaînée.
Jean Bakomito et son procureur général ont instauré un régime où la peur remplace le droit, où la critique devient un crime. Mais l’histoire nous a appris une chose : les silences imposés finissent toujours par exploser. Un pouvoir qui a peur des mots est un pouvoir qui sait déjà qu’il a tort. Nous ne nous tairons jamais car la RDC est une démocratie et non une dictature. La liberté de la presse est Constitutionnelle.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












