Jean-Lucien Bussa, ministre du Portefeuille de la RDC, semble évoluer dans une bulle d’impunité où les scandales financiers glissent sur lui comme l’eau sur les plumes d’un canard. Ce ministre insubmersible applique une justice submersible au gré de ses volontés. Pour lui, l’impunité pour des détourneurs devient la norme.
Alors que le pays est en pleine invasion rwandaise, avec des territoires occupés et des ressources pillées, Jean-Lucien Bussa s’illustre une fois de plus en réhabilitant Iladi Makambu, un directeur provincial accusé d’avoir détourné des milliards de francs congolais et des millions de dollars. Si l’on en croit le récit de cette réhabilitation, l’on est en droit de se demander pourquoi certains se permettent tout en RDC ?
Pendant que les soldats congolais meurent au front, que les recettes de l’État s’effondrent sous le poids de la corruption, le tout-puissant ministre Jean-Lucien Bussa offre une seconde chance à un homme dont les malversations sapent les efforts de guerre. Une décision qui frise la trahison nationale. Le cynisme atteint son paroxysme quand on compare le traitement réservé à Iladi Makambu à celui infligé à Constant Mutamba.
Ce dernier a été démis de ses fonctions pour des irrégularités administratives. La DG Juliette Mbambu Mughole a pris une décision courageuse pour sauver la CADECO en suspendant Monsieur Iladi Makambu sur base des preuves tangibles de détournement. Premièrement défendu par le Conseil d’administration dont le penchant pour le spectaculaire et la gorge profonde est connu de tous.
Monsieur Iladi Makambu, dont les détournements sont documentés, bénéficie d’une mansuétude inexplicable. Question : faut-il comprendre que la loyauté politique prime sur l’intégrité financière ? Que les proches de certains hommes forts ont droit à l’erreur, mais pas les autres ? La méthode Jean-Lucien Bussa est un cocktail d’incohérence et d’opacité. Le Ministre du portefeuille Bussa aime jouer les redresseurs de torts.
Il a initié des audits pour assainir les dettes des entreprises publiques, promis de lutter contre les importations frauduleuses, et même rénové son ministère pour “refléter l’excellence”. Mais derrière ce vernis de réformateur se cache un stratège de l’ambiguïté. Il dénonce les dettes illégitimes mais réhabilite ceux qui les créent. Il exige la transparence tout en couvrant des dossiers opaques.
Il vante la souveraineté économique tout en cédant 49 % d’Air Congo à Ethiopian Airlines, un choix qualifié de “capitulation honteuse” par des analystes sérieux. Alors que la RDC lutte pour sa survie face à l’agression rwandaise, l’élite politicienne continue de se comporter comme si le pays était une propriété privée. La RDC est un pays en guerre mais cajole une élite en roue libre. Iladi Makambu n’est pas un cas isolé.
La MIBA, société minière stratégique, nécessite 70 millions de dollars pour sa relance, mais combien ont été volés avant d’en arriver là ? Les dettes des entreprises publiques, regroupées en catégories “fiscales, sociales, commerciales et judiciaires”, révèlent un système gangrené par la mauvaise gestion. Pendant ce temps, Jean-Lucien Bussa, ministre inamovible depuis des années, survit à tous les remaniements.
Est-ce une compétence ou une malédiction ? Il y a urgence de briser ce cycle infernal. La réhabilitation de Monsieur Iladi Makambu n’est pas qu’une erreur judiciaire. C’est un symbole de la culture de l’impunité qui ronge la RDC. C’est le choix personnel d’un ministre illuminé dans un pays où les détourneurs sont récompensés, les patriotes sont marginalisés et certains caciques sont tout simplement intouchables.
Si Félix Tshisekedi veut vraiment “restaurer l’appareil judiciaire” comme il l’a promis en Conseil des ministres, il doit commencer par demander des comptes à Jean-Lucien Bussa. Parce qu’un État qui ne punit pas ses corrompus est un État qui meurt à petit feu. Et la RDC mérite mieux qu’une agonie administrée par ses propres dirigeants.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













