Jean-Pierre Bemba, cet homme aux multiples visages, qui semble avoir été façonné dans le moule d’une tragédie politique où le ridicule côtoie le sublime. Ancien chef rebelle, ancien vice-président, ancien prisonnier de la Cour Pénale Internationale, il est depuis peu devenu une sorte de caricature vivante, un personnage dont les élucubrations ne cessent d’étonner et d’indigner le peuple congolais.
On pourrait croire qu’il s’est engagé dans une sorte de performance théâtrale, où les acteurs se battent avec des dialogues aussi insupportables qu’un mauvais feuilleton. Lors de sa dernière apparition médiatique, Jean-Pierre Bemba a exhibé une tonalité martiale, comme s’il était le souverain d’un royaume en déliquescence, exigeant respect et crainte.
L’ironie du sort veut que cet homme, dont le passé est aussi lourd que les embouteillages qu’il prétend analyser, se permette de donner des leçons de conduite à un peuple fatigué par des années de promesses non tenues et de chaos institutionnel. Qui aurait cru qu’un ancien Vice-Premier Ministre de la défense, ayant un jour alors Vice-Président de la République menacé de tirer sur son propre peuple, se transformerait en analyste des transports ?
Que cet ancien chef rebelle dont les alliés s’affrontèrent dans la guerre de 6 jours à Kisangani qui causa des morts se permette sans vergogne de comparer les bouchons de Kinshasa à la densité sur les autoroutes menant ou partant de Roissy en France étonne ? Quelle audace ! Jean-Pierre Bemba, tel un prestidigitateur, tente de faire disparaître les vérités dérangeantes sous le tapis de ses discours.
Évoquer les 47 millions de dollars donnés à l’Église catholique comme une manière de faire taire les critiques est une manœuvre astucieuse, mais je crains que le peuple congolais ne soit pas dupe. Entre les lignes, ses insinuations sur des preuves contre cette même Église sont aussi floues que ses promesses de preuves des hackers russes pendant l’élection présidentielle de 2023.
Cela ne fait que démontrer son rapport complexe avec la vérité, qui semble aussi éphémère qu’un embouteillage qui se dissipe dans l’air chaud de la capitale. Et que dire de sa comparaison entre le chaos de Kinshasa et le trafic des autres grandes métropoles du monde ? Cette rhétorique insensée frôle le grotesque. En RDC, le désordre ne connaît ni heures ni limites.
Ailleurs au moins, c’est toujours pendant les heures de pointe et Jean-Pierre Bemba Gombo, dans son élan de démagogie, oublie que la circulation ici est un art de survie, une danse macabre où les règles du jeu sont constamment réécrites par des autorités usant des sens unique et troisième bande en connivence avec leurs alliés “Wewas” qui semblent jouer à cache-cache avec la logique.
Ainsi, cet ancien chef rebelle, devenu VPM des Transports, semble naviguer entre le passé et le présent avec une aisance déconcertante, comme s’il était le héros tragique d’une pièce où le public est à la fois spectateur et victime. En observant ses discours, il est difficile de ne pas ressentir une certaine écœurante ironie. Lui qui a tant fait pour la désolation de ce pays en tant qu’allié de Yoweri Kaguta Museveni prétend aujourd’hui en être le sauveur.
Mais le peuple congolais, armé de sa mémoire collective, ne se laissera pas berner par cette mascarade. La vérité, aussi douloureuse soit-elle, est plus forte que les discours martiaux et les comparaisons fallacieuses. D’aucuns disent qu’il peaufine sa stature de dauphin politique au cas où. seul problème dans la mer politique, le dauphin fait des bonds, mais c’est souvent le requin qui dévore. Le dauphin qui nage avec les requins finit souvent par perdre son éclat.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













