La RD Congo vient d’écrire une page décisive de son histoire politique. Le 22 mai 2025, le Sénat congolais a levé l’immunité parlementaire de l’ancien président Joseph Kabila, ouvrant la voie à des poursuites judiciaires pour trahison, crimes de guerre, crimes contre l’humanité et soutien au mouvement terroriste RDF/M23.
C’est un tournant historique pour la RDC que de voir Joseph Kabila face à la justice militaire. Le vote, massif (88 voix pour, 5 contre), marque un tournant sans précédent. Pour la première fois, un ex-chef d’État congolais pourrait être jugé par la Haute Cour militaire, accusé d’avoir orchestré ou soutenu des violences dans l’est du pays, où le RDF/M23 a repris le contrôle de plusieurs villes clés comme Goma et Bukavu.
Mais au-delà des accusations judiciaires, cette décision soulève une question brûlante : s’agit-il d’une véritable quête de justice ou d’une manœuvre politique visant à éliminer un rival gênant pour le président Félix Tshisekedi ? Les accusations de ce dossier judiciaire sont accablantes : trahison, crimes de guerre et liens avec le RDF/M23. L’auditeur général militaire accuse Kabila d’avoir :
Participé à un mouvement insurrectionnel en soutenant le RDF/M23, groupe armé responsable de massacres et de déplacements massifs de populations. Entretenu des liens avec le Rwanda, pays accusé par Kinshasa de soutenir les rebelles. Commis des crimes de guerre, notamment en facilitant des attaques contre des civils. Il y a, à ce jour, une défense absente et des soutiens de Joseph Kabila en colère.
Des témoignages, dont celui d’Eric Nkuba, affirment que Joseph Kabila aurait conseillé au RDF/M23 de renverser Félix Tshisekedi par un coup d’État plutôt que par un assassinat. Joseph Kabila, qui vit en Afrique du Sud depuis 2023, n’a pas comparu devant le Sénat. Sur Twitter, il a dénoncé une « manœuvre politique désespérée » et affirmé que « la vérité ne se vote pas ».
Son parti, le PPRD, suspendu en avril pour son « attitude ambiguë » face au RDF/M23, dénonce une « chasse aux sorcières » destinée à masquer « l’échec du pouvoir actuel » à stabiliser l’Est du pays. Serait-ce un procès politique sous couvert de justice ? Des irrégularités juridiques sont pointées du doigt. La guerre de l’interprétation de la Constitution a été lancée par la procédure suivie.
Plusieurs experts soulignent que la levée de l’immunité d’un ex-président aurait dû exiger un vote à la majorité des deux tiers du Parlement, et non du seul Sénat. Ils dénoncent une « procédure irrégulière » et une « instrumentalisation de la justice » dans un contexte politique explosif. Tshisekedi vs Kabila : les deux hommes, autrefois alliés au sein du FCC-CACH, sont désormais ennemis.
Joseph Kabila, bien qu’en exil, conserve une influence via son réseau politique et économique. La RDC s’apparente à un pays au bord de l’implosion. Elle est minée par des conflits politiques, une économie en crise et une guerre dans l’Est qui a déplacé des centaines de milliers de personnes. D’aucuns affirment que cette décision est avant tout « un acte politique pour fragiliser un adversaire ».
La chute de Joseph Kabila est un symbole fort pour la RDC. Si les accusations sont graves, le timing et les méthodes interrogent. Pour ses détracteurs, c’est enfin un pas vers l’État de droit, où même les puissants doivent rendre des comptes. Pour ses partisans, c’est une mascarade judiciaire, un règlement de comptes qui risque d’aggraver les tensions politiques.
Une chose est sûre : ce procès, quel qu’en soit l’issue, marquera durablement l’histoire congolaise. La suite ? La possible extradition de Kabila depuis l’Afrique du Sud, les réactions internationales, notamment du Rwanda et des États-Unis, engagés dans des pourparlers de paix et le risque d’une radicalisation des soutiens de Kabila, pouvant déstabiliser davantage le pays.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













