Alors que le monde célèbre ce 21 novembre la Journée Mondiale de la Pêche, des Pêcheurs et des Travailleurs de la mer, la RD Congo fait face à un défi aux multiples facettes. Entre la surexploitation des rivières et du lac Tanganyika, la précarité des communautés de pêcheurs et l’impératif de préserver des écosystèmes vitaux, le pays doit impérativement repenser sa gouvernance de la pêche pour assurer sa sécurité alimentaire et protéger son immense patrimoine aquatique.
Chaque année, la Journée Mondiale de la Pêche est l’occasion de rendre hommage à des millions de femmes et d’hommes qui nourrissent la planète. En République Démocratique du Congo, cette célébration résonne avec une acuité particulière. Ici, la pêche n’est pas qu’une activité économique ; elle est un pilier de la sécurité alimentaire, une source vitale de protéines pour des millions de Congolais et le cœur battant d’innombrables communautés riveraines du fleuve Congo, de ses affluents et du majestueux lac Tanganyika.
L’impact de cette journée en RDC ne peut être compris sans un constat objectif, voire alarmant. Les ressources halieutiques du pays sont soumises à une pression sans précédent. La demande croissante d’une population en expansion exponentielle, couplée à des méthodes de pêche souvent destructrices – telles que l’utilisation de moustiquaires imprégnées, de filets à mailles non réglementaires ou même de dynamite dans certaines zones – menace la pérennité des stocks.
“Nous voyons les poissons se faire de plus en plus petits et rares, confie Papa Jean, pêcheur sur le fleuve à Kisangani. Là où nous remplissions deux pirogues en une journée, il nous faut maintenant trois jours de dur labeur.” Ce témoignage illustre un phénomène observé à l’échelle nationale : la surpêche artisanale et industrielle, notamment sur le lac Tanganyika où opèrent de grandes unités, épuise progressivement le capital naturel du pays.
Derrière chaque poisson vendu sur les marchés de Matadi, de Goma ou de Mbandaka, se cache une réalité sociale souvent ignorée. Les pêcheurs et travailleurs de la mer congolais figurent parmi les acteurs économiques les plus précaires. Absence d’infrastructures de conservation (glacières, chambres froides), difficultés d’accès au crédit pour moderniser leurs équipements, manque de formation aux techniques de pêche durable et risques sécuritaires constants dans certaines zones : leur quotidien est un combat.
“Nous célébrons cette journée, mais que reste-t-il pour nous ? interroge Maman Aïcha, vendeuse de poisson fumé à Bukavu. Les prix du carburant pour les moteurs hors-bord grimpent, le poisson se raréfie et nos marges s’amenuisent. Nous survivons, nous ne vivons pas.” L’impact le plus profond de cette journée pour la RDC réside dans la prise de conscience de l’interdépendance entre l’homme et l’écosystème.
La dégradation des ressources halieutiques a des conséquences directes sur la biodiversité unique du bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète après l’Amazonie. La pollution des cours d’eau par les déchets plastiques et les effluents miniers, ainsi que la déforestation des berges, aggravent la crise. Face à ce tableau complexe, des lueurs d’espoir émergent.
Des initiatives locales, parfois soutenues par des ONG, promeuvent une gestion communautaire des pêcheries, la création de zones de reproduction temporairement interdites à la pêche (aires marines protégées de fait) et le développement de l’aquaculture durable comme alternative à la pression sur les stocks sauvages. La Journée Mondiale de la Pêche doit être, pour la RDC, bien plus qu’une commémoration symbolique.
C’est un rappel urgent à l’action. Le pays a besoin d’une politique halieutique nationale robuste, axée sur le renforcement de la gouvernance pour appliquer et faire respecter la réglementation sur les mailles de filets et les pratiques illégales. Sur l’investissement dans la chaîne de valeur pour développer les infrastructures de transformation et de conservation pour réduire les pertes post-capture, estimées à plus de 30%.
Sur la reconnaissance sociale pour améliorer les conditions de vie et de travail des pêcheurs en les intégrant dans des systèmes de protection sociale et en facilitant leur accès au financement et sur la recherche scientifique pour mieux évaluer les stocks de poissons pour fonder les politiques de gestion sur des données fiables. Honorer véritablement les pêcheurs et travailleurs de la mer congolais, c’est leur offrir les moyens de exercer leur métier dans la dignité.
C’est garantir que les générations futures pourront, elles aussi, bénéficier de l’immense richesse que recèlent les eaux de la RDC. La durabilité de la pêche n’est pas une option ; c’est une condition sine qua non pour la souveraineté alimentaire et la santé écologique du pays.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













