Dans un tournant inattendu pour la justice ivoirienne, le tribunal correctionnel d’Abidjan a décidé de juger à huis clos les onze gendarmes accusés d’avoir volé 200 kg de cocaïne. Cette décision soulève des interrogations sur l’intégrité du système judiciaire, la transparence des procédures et les liens souvent obscurs entre le pouvoir et la criminalité.
Le contexte de cette affaire est particulièrement sensible. Les accusations impliquent des personnalités de premier plan, notamment le ministre de la Défense, Birama Ouattara, frère du président Alassane Ouattara, ainsi que le général de corps d’armée Apalo Touré. L’évocation de ces noms dans une affaire criminelle d’une telle ampleur jette une ombre sur l’image de l’État.
Elle soulève des questions sur les protections dont bénéficient certains acteurs politiques. Le choix de juger cette affaire à huis clos a été justifié par le tribunal, invoquant des préoccupations liées à la sécurité et à la confidentialité. Cette décision peut être perçue comme une tentative de museler le débat public et de protéger les intérêts de ceux qui occupent des positions de pouvoir.
Dans un pays où la corruption et l’impunité sont des sujets de préoccupation majeure, ce choix pourrait être interprété comme un signe que certaines vérités ne doivent pas être révélées au grand jour. Cette situation pose la question d’un précédent dangereux pour la justice en Côte d’Ivoire. Si des cas impliquant des personnalités influentes peuvent être traités dans l’ombre, quel message cela envoie-t-il à la population ?
La perception d’une justice à deux vitesses pourrait se renforcer, alimentant le cynisme et la méfiance envers les institutions. Les citoyens pourraient se demander si la justice est réellement impartiale ou si elle est influencée par ceux qui détiennent le pouvoir. Il est essentiel que la société civile et les acteurs politiques réfléchissent à l’impact de telles décisions sur la démocratie et l’État de droit.
La justice doit être un phare de transparence et d’équité, non un outil de dissimulation. La manière dont cette affaire sera traitée pourrait définir l’avenir de la gouvernance en Côte d’Ivoire et la confiance des Ivoiriens dans leurs institutions. Le procès des gendarmes d’Abidjan ne devrait pas être qu’une simple affaire judiciaire.
Il s’agit d’une opportunité pour la Côte d’Ivoire de réévaluer ses valeurs fondamentales de justice et de responsabilité. À l’heure où la transparence est plus que jamais nécessaire, le choix de l’opacité pourrait avoir des conséquences durables sur la confiance du public envers ses dirigeants.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













