Alors que la délégation rwandaise à Washington affichait sa stupéfaction devant le “refus de dernière minute” de la RDC de signer un cadre économique, il est temps de décrypter cette comédie diplomatique où l’agresseur, la main dans le sac, se présente en victime d’un manque de foi. Ce théâtre de l’absurde, où le voleur s’étonne que sa proie refuse de lui ouvrir le coffre.
La délégation rwandaise se dit “déroutée” par la décision de la RDC. Cette perplexité est pour le moins surprenante, voire cynique, pour quiconque observe la situation sur le terrain. Plusieurs sources rapportent en effet que la RDC a refusé de signer tant que 90% des troupes rwandaises n’auraient pas quitté l’Est du pays. Une condition on ne peut plus claire, et une raison suffisante pour justifier la position congolaise.
Comment Kigali peut-il sincèrement s’attendre à signer des accords économiques avantageux alors qu’il a déployé au moins 7 000 soldats sur le sol congolais pour soutenir le groupe terroriste RDF/M23 ? Cette stratégie consiste à vouloir profiter des avantages de la paix et de l’intégration économique tout en maintenant une pression militaire et en pillant les ressources. Le gouvernement rwandais semble croire que la communauté internationale peut gober cette contradiction sans sourciller.
Le Cadre Régional d’Intégration Économique (REIF) est présenté comme une opportunité pour la prospérité régionale. Mais derrière ce langage technocratique se cache une réalité bien plus sombre : un projet de légaliser un pillage qui se déroule depuis des années dans la violence. Les rapports documentent comment le RDF/M23, proxy du Rwanda, contrôle les mines de l’Est de la RDC et exporte illicitement des minerais comme le coltan vers Kigali.
Des estimations font état de 120 tonnes de coltan exportées illégalement chaque mois. Le REIF risquerait de blanchir ces flux illicites en les intégrant dans des circuits “légitimes”, sans que la RDC ni son peuple n’en voient les bénéfices. Certains analystes avertissent que cet accord pourrait n’être qu’un marché cynique : “des droits minéraux contre une coopération en matière de sécurité”. La RDC est ainsi sommée d’échanger sa souveraineté sur ses ressources contre une paix précaire.
La RDC risque de compromettre sa souveraineté sur ses minérais”, se retrouvant liée par des accords à long terme pour “des garanties vagues de sécurité”. Kigali justifie son maintien en RDC par la nécessité de “neutraliser” les FDLR, un groupe armé hutu présent en RDC. Si la menace des FDLR est réelle, elle sert surtout de prétexte commode et indéfiniment recyclable pour légitimer une agression et une occupation qui visent en réalité le contrôle des richesses congolaises.
La communauté internationale laisse ce chantage à la sécurité se perpétuer, permettant au Rwanda de traiter la souveraineté de son voisin comme une variable d’ajustement de sa propre politique. Pendant ce temps, les vrais crimes – ceux commis par les forces rwandaises et le RDF/M23 – restent dans une large mesure impunis. Le communiqué rwandais affirme “croire en cet accord de paix et en l’approche de la médiation américaine et espérer” que le REIF sera finalement signé.
On croirait entendre la profession de foi d’un croyant, pas la déclaration d’un État souverain. La foi ne fait pas loi en diplomatie. La paix ne se construit pas sur la croyance, mais sur des actes. Or, les actes du Rwanda démentent ses belles paroles. Alors que les pourparlers achoppent en octobre 2025, les rapports font état d’une détérioration de la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC, avec une recrudescence des attaques de groupes armés, dont le RDF/M23.
Comment la RDC pourrait-elle signer un partenariat économique avec un pays qui, dans le même temps, tolère ou encourage une instabilité meurtrière sur son territoire ? Le plus grinçant dans cette affaire est l’absence totale de considération pour les victimes congolaises. Les accords en discussion, qu’ils soient américains ou qataris, ne contiennent aucune disposition sur la justice, la vérité ou les réparations pour les crimes atroces commis. Cette indifférence institutionnalisée perpétue un cycle de violence où, comme le dénonce Amnesty International, “les civils paient le prix”.
Le refus de la RDC de signer n’est donc pas un caprice de dernière minute. C’est un acte de résistance, une affirmation de sa souveraineté bafouée et un rappel, adressé à Kigali et à ses médiateurs, que la paix ne peut se bâtir sur l’impunité et le pillage. La RDC a raison de ne pas se laisser bercer par les belles paroles et les espoirs pieux. Après des décennies de prédation et de mensonges, les actes, et eux seuls, devront désormais primer.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













