“Alors que la RDC intensifie ses opérations légitimes de sécurisation de l’Est de son territoire, les protestations venues de Kigali résonnent avec une hypocrisie qui frise le cynisme. Une mise au point s’impose, sans langue de bois, sur la véritable source du terrorisme qui frappe les populations congolaises”.
C’est touchant de voir le Rwanda, dont les jardins sont si bien organisés qu’ils produisent en série des serpents venimeux exportés vers l’Est congolais, s’émouvoir soudain du bruit des opérations de désinfection. Après avoir alimenté, entraîné et habillé chaque reptile qui sème la terreur chez nous, voilà qu’on nous sermonne sur l’importance du dialogue avec ces mêmes créatures.
Quelle élégante hypocrisie ! Le Rwanda fait de l’instabilité frontalière une ressource stratégique et du crime transfrontalier une diplomatie parallèle. La sécurité n’est pas négociable, en effet. Surtout quand elle dérange ceux qui ont fait du chaos un business. Alors oui, notre clôture sera renforcée, nos enfants protégés, et les nids de serpents démantelés – y compris ceux dont les sifflements viennent de l’autre côté de la frontière.
Le jour où Kigali cessera de nourrir les monstres qu’il prétend combattre, on pourra peut-être parler de paix. En attendant, que l’Ambassadrice rwandaise aux USA se rassure : les opérations congolaises ne sont pas expansives, elles sont simplement défensives. Contre les serpents. Et contre leurs éleveurs. Le modèle dénoncé est celui d’un capitalisme de l’insécurité, où la terreur des populations congolaises devient une variable d’ajustement géostratégique et économique.
Prêcher le dialogue dans ce contexte revient à demander à la victime de négocier avec le couteau sous la gorge, un couteau fourni et affûté par celui qui donne la leçon. Les opérations militaires congolaises en cours, quels qu’en soient les défis opérationnels, s’inscrivent dans le droit le plus élémentaire et le devoir le plus fondamental d’un État : protéger ses citoyens sur l’intégralité de son territoire. Vouloir disqualifier cette légitime défense en la qualifiant de belliciste est une manœuvre classique de diversion.
La véritable provocation réside dans le soutien persistant à des groupes armés dont l’idéologie et les actions sont la négation même de l’humanité. La ligne rouge tracée par Kinshasa est claire et non négociable : la sécurité première. Aucune construction politique, aucun accord de paix ne tiendra sur les fosses communes de l’Ituri, du Nord-Kivu ou du Sud-Kivu. La communauté internationale ferait mieux de s’attaquer enfin avec courage à la racine du mal : l’impunité et le soutien externe aux groupes destructeurs.
La paix dans la région des Grands Lacs ne naîtra pas d’un dialogue contraint avec des entités criminelles, mais du rétablissement inexorable de la souveraineté et de l’autorité de l’État congolais sur tout son territoire. Et cela passe nécessairement par le tarissement des sources externes de l’agression. L’éleveur de serpents devra, un jour, rendre des comptes. En attendant, le Congo se doit de se défendre.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













