Alors que la RD Congo sombre dans une crise géopolitique et militaire sans précédent, une figure resurgit dans l’ombre des négociations et des couloirs du pouvoir : Kikaya Bin Karubi, l’indéfectible conseiller de l’ancien président Joseph Kabila. Son récent passage à Goma, ville sous contrôle des terroristes rwandais du RDF/M23, suivi d’une mission « diplomatique » à Washington, révèle un stratège machiavélique.
Il est prêt à défendre une version alternative de la crise congolaise, au mépris des accusations de trahison et de collusion avec l’ennemi rwandais. Début juin 2025, Kikaya Bin Karubi a participé à des discussions informelles à Goma, en présence de Lawrence Kanyuka, porte-parole du RDF/M23, avec Bintou Keita, représentante spéciale de l’ONU en RDC en bons représentants de Kagame dans le Nord-Kivu.
Une rencontre qui, sous couvert de « recherche de paix », ressemble davantage à une légitimation de la rébellion. Le RDF/M23, accusé par l’ONU et Kinshasa de crimes de guerre et soutenu par Kigali, trouve en Joseph Kabila (et donc en Kikaya Bin Karubi) un allié inattendu – ou assumé. C’est là qu’aurait débuté la nouvelle croisade hypocrite de cet apôtre de la tyrannie et de la négation des crimes perpétrés contre le peuple congolais.
Pire : alors que le gouvernement congolais dénonce une « ingérence rwandaise », Kikaya Bin Karubi semble jouer les médiateurs dans une zone sous contrôle terroriste, sans jamais condamner le Rwanda. Un silence coupable qui alimente les soupçons d’une coordination secrète entre Kabila, le RDF/M23 et Kigali. Quelques jours après Goma, Kikaya Bin Karubi débarque à Washington.
Officiellement pour « expliquer le bien-fondé du retour de Joseph Kabila ». Dans les faits, il s’agit d’une opération de lobbying agressive visant à saper les efforts de paix américains. Alors que les États-Unis tentent de négocier un accord entre Kinshasa et Kigali, Kikaya Bin Karubi défend un « plan Kabila » concurrent, accusant Tshisekedi de « tyrannie » – un vocabulaire repris mot pour mot par le RDF/M23.
Kikaya Bin Karubi a pour autre mission de blanchir Joseph Kabila. Il minimise les accusations de soutien au RDF/M23, malgré les preuves accablantes (immunité levée, liens avérés avec les terroristes). Mais aussi réactiver les réseaux kabilistes. En rencontrant des membres du Congrès et des think tanks, il tente de réhabiliter l’image d’un Kabila présenté comme un rempart contre le « chaos » – alors qu’il en est un acteur clé.
Kikaya Bin Karubi, qui fut jadis le porte-voix d’un régime Kabila accusé de répression (comme en 2016, lorsqu’il défendait le chef de la police sanctionné par les États-Unis pour violences ), recycle aujourd’hui une rhétorique victimaire. Il ose parler de « démocratie étouffée » sous Tshisekedi, alors que son mentor a gouverné 18 ans dans une terreur qui n’avait rien d’une démocratie si l’on doit se souvenir des assassinats.
Que les partisans de Félix Tshisekedi dont Jean-Pierre Bemba Gombo et Willy Mishiki traitent Kabila de « Rwandais » – une insulte qu’il balaye d’un revers de main. Kikaya Bin Karubi apparaît comme un homme de l’ombre, armé d’un double langage opportuniste et porteur d’un projet déstabilisateur. Il incarne la realpolitik toxique qui mine la RDC : un mélange de cynisme, de révisionnisme historique et de collusion avec des forces hostiles.
Son rôle à Goma et Washington n’est pas celui d’un pacificateur, mais d’un agent de la déstabilisation, œuvrant pour restaurer Joseph Kabila au prix d’une alliance avec les ennemis de la nation. Alors que la communauté internationale cherche une issue, Kikaya Bin Karubi et son mentor Joseph Kabila jouent avec le feu – un feu qui a déjà brûler plus de 12 millions de Congolais et pourrait embraser toute la région.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












