Le 10 juin 2025, Koffi Olomidé, l’icône incontestée de la rumba congolaise, a été élevé au rang de Sociétaire définitif de la SACEM (Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de Musique). Une distinction rare, réservée aux plus grands, ceux dont l’œuvre transcende les frontières et les générations. Cette reconnaissance n’est pas un hasard. C’est une consécration à la hauteur de son génie.
Elle couronne cinq décennies de création ininterrompue, de mélodies intemporelles, de textes poignants et d’une influence sans pareille sur la musique africaine. Qui d’autre que le Quadra Koraman – celui qui a raflé quatre Kora Awards en une seule édition en 2002 – pouvait mériter un tel honneur ? Pourtant, cet honneur réservé à un cercle hyper fermé d’artistes arrive dans un contexte paradoxal.
Alors que la France, terre d’accueil de ses plus grands triomphes, lui ouvre enfin les portes de l’institution la plus prestigieuse de la propriété intellectuelle musicale, une main noire s’acharne à lui barrer la route des scènes. L’annulation de son concert de Vincennes est une injustice qui dépasse l’artiste. C’est une attaque contre l’art lui-même, contre la culture afro-descendante.
Le 19 juillet 2025, Koffi Olomidé devait fouler la scène de l’Hippodrome de Vincennes, un retour symbolique après plus de dix ans d’exil forcé des grandes salles européennes. Un retour légitime, puisqu’il a été relaxé par la justice française, lavé de tout soupçon, et que rien – absolument rien – ne justifie qu’on lui refuse le droit de se produire. Pourtant, une fois encore, les forces obscures se sont mobilisées.
D’abord, l’annonce d’une annulation brutale, relayée par des plateformes de billetterie, semant le doute parmi ses fans. Ensuite, le retrait soudain du co-producteur initial, le groupe Gémeaux, laissant planer l’ombre d’une pression extérieure. Heureusement, Koffi Olomidé n’est pas un homme à se laisser abattre. Avec son label Koffi Centrale et le collectif YARD, il a repris les rênes de l’organisation, prouvant une fois de plus sa résilience.
Mais la question demeure : pourquoi doit-il toujours se battre pour ce qui devrait être un droit ? Koffi Olomidé n’est pas le premier artiste congolais victime de ce boycott absurde. D’autres ont subi les campagnes de déstabilisation au même moment que lui. La particularité du cas Koffi Olomidé est que des gens très bien introduits et tapis dans l’ombre estiment qu’il ne devrait plus se produire en Europe.
Une logique criminelle, liberticide, déconnectée et hypocrite comme le dit si bien Koffi Olomidé lui-même : “Dans les boîtes de nuit, nos musiques sont jouées. Pourquoi, quand il s’agit de concerts live, ça pose problème ? Pourquoi s’en prendre à Koffi Olomidé ?” La réponse est simple : parce qu’il est justement Koffi Olomidé et que c’est plus facile de s’attaquer à lui en se cachant que de l’affronter à visage découvert.
Parce que briser le lien entre Koffi Olomidé et son public, c’est briser une partie de l’âme congolaise. Koffi Olomidé n’a jamais demandé de passe-droit. Il a payé le prix de ses erreurs, a subi les procès, les années d’absence, les critiques. Aujourd’hui, la justice a parlé. Il a été relaxé et est donc libre. Il n’existe pas de peine éternelle. Assez de persécution, laissez le Grand Mopao renaître.
Pourquoi lui refuser le droit de renouer avec son public ? Pourquoi vouloir étouffer un homme qui, à 68 ans, continue d’innover, de collaborer avec les nouvelles générations (Davido, Tiwa Savage, Ninho…), et de porter haut le drapeau de la musique africaine ? Assez. Assez des annulations suspectes, des pressions lâches, des campagnes de dénigrement. Koffi Olomidé n’est pas qu’un artiste. Il est un monument.
Laissez-le chanter. Laissez-le danser. Laissez-le être libre. Car, comme il l’a si bien dit :
“Je verserai des larmes ce jour-là en les revoyant. Ils me manquent terriblement en parlant de ses innombrables fans, des Koffiphiles et des Koffiettes.” Ces larmes, ce ne devrait pas être celles de la frustration, mais celles de la réconciliation. Le monde doit entendre Koffi Olomidé, encore et encore. Et personne ne pourra l’en empêcher.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













