La petite ville de Manono, en RD Congo, est devenue l’épicentre d’une guerre économique sans précédent. Sous ses terres riches en lithium – un métal crucial pour la transition énergétique – se joue une bataille opposant deux des hommes les plus puissants de la planète, Jeff Bezos (via Amazon et ses investissements) et Bill Gates (via Breakthrough Energy Ventures), à la société australienne AVZ Minerals.
Les multinationales et milliardaires occidentaux se disputent les ressources africaines sous couvert de “développement durable”. Derrière les discours vertueux sur les batteries électriques et la neutralité carbone se cache une réalité bien plus sombre : manipulations politiques, corruption, et une exploitation brutale des ressources congolaises au détriment des populations locales.
Le projet Manono Lithium-Tin (détenu à 75% par AVZ Minerals et 25% par la société congolaise Cominière) est l’un des plus grands gisements de lithium au monde, avec des réserves estimées à 400 millions de tonnes de minerai à 1,65% de Li₂O. Pourquoi est-ce si important ? Le lithium est indispensable pour les batteries des voitures électriques (Tesla, Renault, BYD, etc.).
La demande mondiale devrait quadrupler d’ici 2030 (BloombergNEF). La Chine contrôle déjà 80% de la raffinerie mondiale de lithium, et l’Occident cherche à sécuriser ses propres approvisionnements. Jeff Bezos, via Amazon (qui investit massivement dans les véhicules électriques pour sa logistique) et son fonds Bezos Earth Fund, soutient des initiatives pour sécuriser l’accès au lithium.
Bill Gates, via Breakthrough Energy Ventures, finance des startups minières et des technologies vertes, avec un intérêt marqué pour les métaux critiques. Ces deux géants américains cherchent à évincer AVZ Minerals pour prendre le contrôle de Manono, soit en influençant le gouvernement congolais, soit en soutenant des concurrents comme Zijin Mining (le géant chinois déjà présent en RDC).
En 2022, le gouvernement congolais a soudainement révoqué le permis d’exploitation d’AVZ, sous pression présumée de lobbies étrangers. Le groupe chinois, Zijin Mining, soutenu par des investisseurs américains, a contesté la propriété d’AVZ via des procédures judiciaires opaques. Sous couvert de “financement durable”, les fonds “verts” de Gates et Bezos investissent dans des sociétés qui pourraient remplacer AVZ, tout en négociant en coulisses avec Kinshasa.
L’Afrique, terrain de jeu des milliardaires : Comme au 19ᵉ siècle avec le caoutchouc et le cuivre, la RDC est pillée par des intérêts étrangers. Bezos et Gates promettent une “mine verte”, mais aucune garantie n’existe sur le respect des droits humains ou le partage des revenus avec les Congolais. Et Pékin joue un rôle ambigu, collaborant tantôt avec les Américains, tantôt avec AVZ, selon ses intérêts.
Manono pourrait rapporter des milliards, mais comme pour le cobalt, la corruption et les contrats léonins empêcheront une redistribution équitable. Les mines congolaises sont connues pour leurs conditions de travail déplorables (travail des enfants, salaires de misère). Si AVZ est évincée au profit d’un consortium américano-chinois, la production pourrait être retardée, aggravant la pénurie de lithium.
L’Occident perdrait en souveraineté face à la Chine, qui domine déjà la filière. La lutte pour le lithium de Manono n’est pas qu’une simple rivalité commerciale. Elle révèle l’hypocrisie des milliardaires “verts” (Bezos, Gates) qui exploitent l’Afrique sous couvert d’écologie. La vulnérabilité de la RDC, toujours spoliée malgré ses immenses richesses. La nécessité d’un cadre juridique international pour empêcher le pillage des ressources africaines.
Manono sera-t-elle le prochain scandale du cobalt ? Une chose est sûre : tant que les Congolais ne contrôleront pas leurs propres ressources, cette bataille ne profitera qu’aux prédateurs économiques. Derrière la transition énergétique, se cache une guerre impitoyable pour les ressources – où l’Afrique reste une fois de plus la grande perdante.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













