Comment un ministre “propriétaire de la justice” a précipité sa propre perte par un départ forcé sous le poids des accusations. Constant Mutamba, ex-ministre d’État chargé de la Justice et garde des Sceaux de la RDC, a officiellement démissionné ce 18 juin 2025, après des accusations accablantes de détournement de fonds publics.
Le procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde, a obtenu l’autorisation de l’Assemblée nationale pour engager des poursuites contre lui, mettant fin à un mandat tumultueux marqué par des contradictions et des scandales. Selon les révélations, Constant Mutamba est accusé d’avoir détourné 19 millions de dollars sur les 39 millions alloués à la construction d’une prison à Kisangani, dans la province de la Tshopo.
Les fonds provenaient du Fonds de réparation pour les victimes de la guerre des 6 jours, un détournement qualifié de “violation flagrante des règles de passation des marchés publics”. Constant Mutamba a eu un parcours politique contrasté. Du “bébé kabiliste” au populiste réformateur, il s’est transformé en Tshisekediste attitré plus qu’Augustin Kabuya.
Nommé en mai 2024 après une carrière politique oscillant entre l’opposition et le pouvoir, Constant Mutamba s’était présenté comme un fervent réformateur, promettant de “nettoyer” la justice congolaise. Ancien candidat à la présidentielle de 2023 (où il finit 6e), il avait séduit par son discours anti-corruption et son activisme affiché. Pourtant, son passage au ministère a vite révélé une dérive autoritaire.
Accusé de se comporter en “propriétaire de la justice”, il s’est attiré les foudres des magistrats en multipliant les déclarations incendiaires et en contournant les procédures judiciaires. Son affrontement public avec la magistrature, notamment après avoir dénoncé un “complot politique”, a précipité sa chute. Quel est son bilan ? Il y a eu d’abord des avancées controversées.
Le désengorgement des prisons était le prélude au détournement. Constant Mutamba a lancé une opération de libération massive de détenus, dont certains sans jugement. Une initiative saluée à l’époque, mais qui a conduit à une recrudescence de la criminalité à Kinshasa, selon le procureur Firmin Mvonde. La posture anti-corruption s’est avérée un vaste écran de fumée.
Il a symboliquement mis en avant la moralisation de la justice, mais sans résultats concrets, et en pratiquant lui-même l’opacité financière. Et pourtant ses échecs sont cuisants. Le scandale de Kisangani qui a conduit au détournement des fonds destinés à la prison a éclaboussé son image, révélant une gestion clientéliste des marchés publics. Il a ajouté à cet échec l’outrage aux institutions.
Ses attaques contre la magistrature et ses accusations de complot ont discrédité son ministère, conduisant à sa mise en accusation par ses propres pairs. Que retenir de son passage au gouvernement si ce n’est le symbole des contradictions congolaises. Constant Mutamba incarne le paradoxe d’un système où les pourfendeurs de la corruption finissent par en être les acteurs.
Son cas illustre aussi la politisation de la justice en RDC. Sa chute serait-elle orchestrée par le pouvoir ? Certains médias parmi ses amis proches évoquent un “double standard”, notant que d’autres figures politiques (comme Nicolas Kazadi) échappent aux poursuites malgré des accusations similaires. Ce qui nous conduit inévitablement à un procès à haut risque car sa stratégie est connue : “la victimisation”.
Interdit de quitter Kinshasa et sous menace d’arrestation, Constant Mutamba devra répondre devant la Cour de cassation. Son procès pourrait révéler d’autres ramifications du scandale. La démission de Mutamba n’est pas seulement la fin d’un ministre : c’est un test pour l’État de droit en RDC. La justice congolaise est ainsi à l’épreuve de ses démons.
Si les accusations sont prouvées, cela pourrait marquer un tournant dans la lutte contre l’impunité. Mais dans un pays où justice et politique sont intimement liées, beaucoup craignent que l’affaire ne soit qu’un épisode de plus dans un cycle de scandales sans suites. Le procès de Constant Mutamba, prévu dans les prochaines semaines, pourrait être l’un des plus médiatisés de l’année.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













