Alors que la RD Congo vacille sous le poids d’une balkanisation rampante et que l’ancien président Joseph Kabila se métamorphose en chef rebelle du RDF/M23, accueilli à bras ouverts dans Goma occupée, on s’attendrait à ce que les dignitaires de l’État fassent preuve de retenue, de gravité, voire d’un semblant de patriotisme.
Mais non. À la place, le ministre de la Justice, Constant Mutamba, offre au pays un spectacle pitoyable : un bras de fer judiciaire inutile, des mensonges éhontés, et une gestion opaque de fonds publics qui sent bon la prédation organisée. Un marché de dupes et les 19 millions de dollars qui éclaboussent. Le dossier de la prison de Kisangani est une somme de violations flagrantes, chacune plus grotesque que la précédente.
Le mensonge du compte séquestre : Constant Mutamba affirmait que les 19 millions de dollars transférés à Zion Construction étaient logés dans un compte séquestre, protégés. En réalité, l’argent a atterri dans le compte privé d’une entreprise fantôme, libre d’en disposer à sa guise . La CENAREF a d’ailleurs bloqué une transaction suspecte en avril, mais le mal était déjà fait.
Le contournement des procédures : Aucun avis de non-objection de la Direction Générale des Contrôles et Marchés Publics (DGCMP) n’a été obtenu, comme l’exige la loi. Le Ministre d’État Constant Mutamba Tungunga a court-circuité les règles, préférant un “marché de gré à gré” opaque, soi-disant validé par le silence de l’administration. Une excuse risible pour un ministre de la Justice.
Le dépassement des seuils légaux : Au lieu de respecter la limite de 30 % pour les avances (soit 8 millions $), Constant Mutamba a versé 50 % du montant total (19 millions $) à Zion Construction . Une entorse manifeste à la loi, qu’il justifie par une “autorisation spéciale” aussi floue que son intégrité. Et pour couronner le tout, la RDC a eu droit à une entreprise bidon dont la gérante serait déjàa en fuite.
Zion Construction n’a jamais construit une prison, ni même un abri de jardin. Son compte bancaire chez Equity BCDC affiche un solde négatif, et elle ne compte que deux employés déclarés. Quant à sa gérante, une Burundaise, elle serait “à l’étranger pour raison d’accouchement” selon son avocat. Traduction : elle a fui avec l’argent. C’est la cerise sur le gâteau d’un bras de fer puéril.
Plutôt que de répondre aux accusations avec dignité, Constant Mutamba a choisi la surenchère : Refus de comparaître : Il clame que le procureur Firmin Mvonde, qu’il accuse d’être un “kabiliste mafieux”, n’a pas le droit de l’assigner. Pourtant, c’est ce même procureur qui a saisi l’Assemblée nationale pour lever son immunité. Ce qui présage d’une humiliation après des menaces et délire mystique.
Dérive tribale et mystique : “Le dieu de mes ancêtres est plus fort que les leurs”, lance-t-il, mélangeant grotesquement spiritualité et menace. Un discours indigne d’un ministre de la Justice. L’ordre de désobéissance : Il interdit à ses collaborateurs de répondre aux convocations judiciaires, sapant l’État de droit qu’il est censé incarner. C’est un test pour la république qui doit trancher entre impunité et cynisme.
Ce scandale est un révélateur accablant. La justice serait-elle instrumentalisée en RDC ? Constant Mutamba et Firmin Mvonde s’accusent mutuellement de corruption, chacun ayant lancé des enquêtes contre l’autre . Un règlement de comptes qui discrédite l’appareil judiciaire. L’Assemblée nationale serait-elle complice ? La commission parlementaire chargée d’enquêter devra trancher.
Mais dans un climat où les majorités sont fluctuantes et les calculs politiques prédominants. Le silence assourdissant du pouvoir inquiète. Alors que la Première ministre a été saisie, l’exécutif semble paralysé, comme si la corruption était une fatalité congolaise. Dans un contexte où le pays est en guerre, où un ex-président se mue en rebelle , et où l’Est sombre dans le chaos, la gabegie de Constant Mutamba est une insulte au peuple congolais.
Ce dossier n’est pas qu’une affaire de détournement : c’est le symbole d’une élite qui préfère les combats d’ego aux réformes urgentes. La RDC a besoin de responsables qui servent l’État, pas leurs comptes en banque. Constant Mutamba, lui, semble avoir choisi son camp. Un ministre de la Justice qui piétine la loi est comme un pompier qui allume des incendies : plus il agit, plus tout part en fumée.
Quand le gardien de la loi devient hors-la-loi, la République n’est plus qu’une cour des miracles. Un ministre qui méprise la Justice est comme un boucher végétarien : sa seule fonction est de découper, jamais de servir. Quand le juge devient voleur, même les murs de la prison rient de honte. A méditer avant que d’autres millions ne disparaissent.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













