Devant la résidence de l’ancien ministre de la Justice Constant Mutamba, une veillée de soutien s’organise. Entre chants, slogans et encouragements, l’atmosphère reste animée. Selon plusieurs sources, cette mobilisation devrait se poursuivre jusqu’au mercredi 27 août 2025, date prévue pour le prononcé du verdict dans son procès.
L’homme qui se présentait comme le redresseur des torts de la justice congolaise, celui qui promettait la mort aux corrupteurs, supplie aujourd’hui ses partisans de prier pour qu’il échappe à la prison. Quelle ironie tragique ! Constant Mutamba, l’ancien ministre de la Justice, est accusé d’avoir détourné 19 millions de dollars destinés à la construction d’une prison à Kisangani. Ces fonds provenaient du FRIVAO (Fonds de réparation pour les victimes des activités illégales de l’Ouganda en RDC).
La somme, destinée à indemniser les victimes de la guerre de six jours qui a ravagé la région en 2000, s’est retrouvée comme par hasard dans un compte ouvert la veille du virement. Constant Mutamba, dans une légèreté populiste, a ordonné le transfert de ces fonds vers une société fictive, Zion Construction SARL, sans respecter les procédures légales. L’argent des victimes, de celles qui ont souffert des atrocités de la guerre, a été siphonné par celui-là même qui était censé les protéger.
Lors de son procès, Constant Mutamba a fait preuve d’une arrogance déconcertante. Il a comparu devant la Cour de cassation en accusant le procureur général Firmin Mvonde de mener une “chasse aux sorcières” contre lui, alléguant une conspiration politique. Il a même osé déclarer : “Je n’ai pas touché un seul dollar de l’État”. Pourtant, les preuves sont accablantes : le transfert bancaire de 19 millions de dollars vers une société fantôme, l’absence d’autorisation gouvernementale, et le défaut de vérification de l’existence de l’entreprise.
Constant Mutamba, dans sa défense, a attaqué la Première ministre Judith Suminwa, affirmant qu’elle était impliquée dans un complot pour l’écarter. Cette stratégie de diversion n’a convaincu personne. L’ancien ministre, dans une surenchère populiste, avait proposé la peine de mort pour les journalistes qui osaient couvrir les activités des terroristes du RDF/M23. “Quiconque rend compte des activités de l’armée rwandaise et de ses auxiliaires du RDF/M23 subira désormais la pleine force de la loi”, avait-il déclaré.
Aujourd’hui, face à la possibilité de dix ans de travaux forcés, il organise des veillées de prière et pleure pour sa propre liberté. La sévérité qu’il exigeait pour les autres, il la fuit comme la peste. Constant Mutamba se présentait comme un homme courageux, prêt à affronter toutes les menaces. Il clamait avoir échappé à des tentatives d’empoisonnement et à des éliminations physiques . Aujourd’hui, devant l’imminence du verdict, il montre une fragilité inquiétante.
Les veillées devant sa résidence sont autant de preuves de sa peur panique de la prison. L’homme qui promettait de réformer la justice congolaise en boutant dehors la corruption est maintenant acculé par cette même justice. L’histoire de Constant Mutamba offre des leçons cruciales pour ceux qui aspirent à gérer la chose publique. L’arrogance précède toujours la chute. Constant Mutamba croyait être intouchable, mais la justice a fini par le rattraper.
La populisme est un piège. Proposer des mesures extrêmes comme la peine de mort pour détourner l’attention de ses propres malversations est une stratégie à court terme qui se retourne toujours contre son auteur. La transparence est non négociable. Constant Mutamba a agi dans l’opacité, en by-passant les procédures et en ignorant les contrôles. Cette opacité a été son tombeau. L’argent des victimes comme celui des contribuables est sacré.
Detourner les fonds destinés aux victimes de guerre est non seulement illégal, mais aussi moralement répréhensible. La justice finit toujours par triompher. Même les plus hauts responsables doivent rendre des comptes. Constant Mutamba est le symbole d’une génération de politiciens qui ont confondu la gestion publique avec l’enrichissement personnel. Son histoire est un avertissement pour tous ceux qui pensent que le pouvoir les place au-dessus des lois.
La veillée de prière devant sa résidence est le dernier acte d’une tragédie grotesque. Espérons que le verdict du 27 août 2025 rendra justice aux véritables victimes : le peuple congolais et ceux qui ont souffert de la guerre de Kisangani. Constant Mutamba : de ministre de la Justice à accusé. La boucle est bouclée. C’est la chute d’un populiste corrompu. De l’invocation des “dieux” de ses ancêtres en public à l’acceptation des “pasteurs” des églises dites de réveil en si peu de temps témoigne d’une perdition de l’homme ébranlé par ses propres turpitudes.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













