Alors que la République Démocratique du Congo (RDC) traverse une crise sécuritaire et politique des plus graves, l’annonce d’une conférence sur la paix et la sécurité organisée par la Fondation Thabo Mbeki du 3 au 6 septembre 2025 en Afrique du Sud soulève des questions brûlantes. Qui a mandaté l’ancien président sud-africain pour jouer les médiateurs ?
Quelle légitimité possède-t-il pour convoquer une telle rencontre, où figurent des personnalités aussi controversées que Thomas Lubanga, condamné par la Cour pénale internationale, ou Corneille Nangaa, dont l’impartialité est plus que douteuse ? C’est clairement une initiative illégitime dans le paysage diplomatique congolais. Thabo Mbeki, serait-il nostalgique ou aurait-il un agenda caché ?
Thabo Mbeki, dont la fondation a invité un panel hétéroclite comprenant Joseph Kabila, Moïse Katumbi, Vital Kamerhe, Martin Fayulu, et même des représentants de la CRP, CENCO et ECC, semble vouloir se repositionner sur l’échiquier politique congolais. Mais sur quelle base ? Son passé récent en RDC est entaché de déclarations partiales, notamment sur le RDF/M23, qu’il a décrit comme un mouvement “populaire” et “accueilli en libérateur”.
Un narratif mensonger qui ignore délibérément les souffrances des populations et la complexité des dynamiques locales. Thabo Mbeki n’a ni la légitimité ni la légalité de prendre une telle initiative. C’est une diversion qui risque de plomber les 3 processus de paix déjà en cours, notamment ceux de Doha et de Washington. Mais aussi la dynamique interne menée par les forces vives de la nation via toutes les confessions religieuses.
“C’est une main mal placée pour prétendre contribuer au retour de la paix en RDC. Nous n’avons nullement besoin de pistes supplémentaires, surtout pas partisanes ” a déclaré Patrick Muyaya Ministre de la Communication et Porte-parole du gouvernement congolais dans une interview accordée à l’ACP. Parmi les invités de Thabo Mbeki, on trouve des figures aussi divergentes que Seth Kikuni, Eberande Kolongele, et Antipas Mbusa Nyamwisi.
Mais la présence de Thomas Lubanga, condamné pour crimes de guerre, et de Corneille Nangaa, dont le rôle dans les événements passés à Goma et Bukavu, jette une ombre supplémentaire sur cette initiative. Comment croire à la sincérité d’un dialogue qui inclut des acteurs dont les actions ont contribué à la destabilisation de la RDC ? L’initiative Mbeki intervient à un moment crucial où les processus de paix de Doha et de Washington tentent de trouver une issue à la crise.
En organisant une conférence parallèle, Thabo Mbeki risque non seulement de créer une confusion diplomatique, mais aussi de diluer les efforts internationaux. Est-ce une tentative délibérée de plomber ces négociations ? Les partenaires internationaux de la RDC devraient s’inquiéter de cette diversion, qui pourrait servir des intérêts autres que ceux du peuple congolais.
L’ancien président sud-africain a multiplié les déclarations en faveur du RDF/M23, un mouvement terroriste responsable de violations des droits de l’homme et d’instabilité dans l’Est de la RDC. En ignorant délibérément les crimes commis par ce groupe, Thabo Mbeki a perdu toute crédibilité en tant que médiateur impartial. Sa fondation, bien que présentée comme un acteur neutre, est perçue comme un instrument au service d’intérêts particuliers.
La conférence Mbeki ne sert pas les intérêts du peuple congolais. Elle risque au contraire d’affaiblir les processus de paix en cours et de légitimer des acteurs dont les actions ont contribué à la crise actuelle. Les partenaires internationaux de la RDC, ainsi que la société civile, doivent rester vigilants face à cette initiative et soutenir les canaux diplomatiques officiels. Il est temps de mettre fin aux diversions et de se concentrer sur des solutions durables pour la paix en RDC.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













