Le 24 juillet 2024, la cour militaire de Kinshasa-Gombe s’apprête à juger par contumace Corneille Nangaa, éminent leader de l’Alliance des Forces Congolaises (AFC), ainsi qu’une pléthore d’autres personnalités liées à l’Alliance Fleuve Congo-Mouvement du 23 mars (AFC-M23). Cette audience pourrait passer inaperçue dans la cacophonie de l’actualité.
Ce procès soulève pourtant des questions fondamentales sur l’état de la justice en RD Congo et sur l’avenir politique du pays. Le procès en question concerne des femmes et des hommes aux rôles variés, allant de chefs militaires à des figures politiques influentes. Parmi les accusés figurent des noms emblématiques tels que Bertrand Bisimwa, Sultani Makenga, Colonel Byamungu et Major Ngoma.
Chacun d’eux incarne une facette des tensions qui ont historiquement secoué la RDC, depuis la guerre civile jusqu’aux luttes de pouvoir contemporaines. Le choix de juger par contumace des personnalités aussi en vue soulève des interrogations sur l’équité du système judiciaire congolais. Alors que certains accusés sont en fuite, d’autres, comme Nangaa, semblent défier les autorités en restant invisibles.
Dans un contexte où la corruption et l’absence de transparence gangrènent les institutions, on ne peut s’empêcher de se demander si ce procès est réellement une quête de justice ou un acte politique piloté en sous-mains par le ministre d’état Constant Mutamba destiné à renforcer le pouvoir en place. La complexité des alliances politiques en RDC ne saurait être sous-estimée.
L’AFC et le M23, qui ont dans le passé partagé des intérêts communs, se retrouvent aujourd’hui dans le viseur de la justice militaire. Ce procès pourrait aggraver des tensions déjà palpables entre les différents groupes armés et les institutions étatiques. Les accusés, dont certains ont joué un rôle crucial dans les conflits armés, représentent sans conteste une menace pour la stabilité du pays.
Mais leur jugement pourrait également alimenter un cycle de violence et de représailles. Alors que le pays se trouve à un carrefour décisif, cette audience pourrait également offrir une occasion de réflexion. Les congolais aspirent à une paix durable et à une véritable réconciliation nationale. Un procès équitable pourrait symboliser un pas vers la fin de l’impunité qui a caractérisé la RDC depuis trop longtemps.
Mais pour cela, il est essentiel que la justice ne soit pas utilisée comme un outil de répression politique. La cour militaire de Kinshasa-Gombe ne se contente pas d’être le théâtre d’un procès. Elle est le miroir d’une RDC en quête d’identité, tiraillée entre ses démons passés et l’espoir d’un avenir meilleur. Alors que les jugements se préparent, il est crucial de garder à l’esprit que la justice doit être au service du peuple et non d’un agenda politique.
L’avenir de la démocratie congolaise repose sur la capacité des institutions à transcender les querelles partisanes et à instaurer un dialogue constructif pour garantir la paix et la stabilité. La cour militaire pourrait bien être le lieu où commence cette transformation, ou, au contraire, l’endroit où se scelle le sort d’un pays en proie à ses propres contradictions.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













