Depuis l’accession de Jean Bakomito Gambu au gouvernorat du Haut-Uélé en 2024, la province, déjà fragilisée par des décennies de mauvaise gestion et de conflits, sombre dans une crise démocratique sans précédent. Ce nouveau pouvoir, issu d’un hold-up qui a vu 21 votes apparaître sur la machine à voter là où il n’y avait que 20 votants, étouffe la vitalité démocratique et la société civile capitule.
Derrière les discours rassurants et les opérations de communication soignées se cache une réalité brutale : la confiscation des libertés, la répression des voix dissidentes, et la complicité passive d’une société civile autrefois combative. Pire encore, la Fédération des Entreprises du Congo (FEC), censée défendre les intérêts économiques locaux, se terre dans un silence coupable.
Elle préfère négocier des privilèges avec le pouvoir plutôt que de dénoncer un climat des affaires asphyxié par la corruption et l’arbitraire. Il est temps de décortiquer l’effondrement de la vie démocratique dans le Haut-Uélé, en exposant les mécanismes de répression, la déliquescence des contre-pouvoirs, et les souffrances d’une population abandonnée à son triste sort.
Autrefois fer de lance des luttes sociales, la société civile du Haut-Uélé a progressivement renoncé à son rôle de garde-fou démocratique. Les exemples ne manquent pas. L’exploitation minière illégale par des opérateurs chinois, dénoncée en 2024 pour ses ravages écologiques et économiques, n’a suscité qu’une réaction tardive et minimaliste des organisations locales.
Pourtant, malgré les suspensions temporaires décrétées par Jean Bakomito Gambu, aucune pression soutenue n’a été exercée pour garantir une réforme durable. Les violences policières, comme l’humiliation publique de pères de famille déshabillés à Medje, n’ont provoqué aucune mobilisation d’envergure. Où sont les marches pacifiques ? Les pétitions ? Les appels à la justice ?
Le silence des “défenseurs des droits” est devenu complice de la barbarie de l’exécutif provincial. Comment expliquer cette passivité ? La réponse est simple : la cooptation. Plusieurs figures de la société civile ont été intégrées dans des structures gouvernementales fantoches, ou bénéficient de financements opaques en échange de leur neutralité.
La seule structure connue de tous et qui reste intraitable est insultée sur les réseaux sociaux par les terroristes du clavier au service du Gouverneur. L’Abbé Georges Semende, porte-parole de la Synergie de la société civile, avait pourtant dénoncé en 2024 les “complicités à Kinshasa” protégeant les exploitants miniers illégaux. Où est-il aujourd’hui ? Aucune trace d’une mobilisation concrète.
Les journées “ville morte”, autrefois outil de pression efficace (comme en 2021 contre les taxes abusives), ont disparu. La peur de représailles ? Ou l’appât du gain ? La FEC, qui devrait être le rempart contre l’étouffement fiscal et administratif, a renoncé à son combat historique. Les barrières illégales, comme celle démantelée (à grand bruit médiatique) par Bakomito à Aungba, pullulent toujours.
Pourquoi la FEC ne documente-t-elle pas ces exactions ? Pourquoi ne porte-t-elle pas plainte ? La surtaxation étouffe les petites entreprises, mais aucun plan de résistance collective n’est organisé. En 2015, la société civile appelait déjà à la grève fiscale face à l’inaction des autorités. Aujourd’hui, plus personne n’ose. La population est livrée à elle-même dans une démocratie en lambeaux.
Certains membres influents de la FEC préfèrent négocier des exemptions individuelles plutôt que de défendre l’intérêt général. Résultat ? Les entreprises étrangères (notamment chinoises) continuent de piller les ressources, tandis que les entrepreneurs locaux crèvent sous les impôts. Aucun projet structurant (routes, électricité, irrigation) n’est porté par le secteur privé, pourtant premier concerné par le développement provincial.
Les hôpitaux manquent de tout : médicaments, personnel, équipements. Où sont les campagnes de la société civile pour exiger des budgets transparents ? L’agriculture, pourtant vitale, est sinistrée. Les promesses d’accompagnement du gouverneur restent lettre morte. Les semences ? Les formations ? Les crédits ? Fantômes. Il y a une répression silencieuse qui est très efficace dans le Haut-Uélé.
Les arrestations arbitraires (comme à Medje) se multiplient, sans réaction des ONG locales. La peur règne : dénoncer, c’est risquer l’exclusion sociale, voire pire. La démission de la société civile et de la FEC a créé un vide abyssal, où le pouvoir de Jean Bakomito Gambu s’exerce sans contrepartie. Pourtant, des solutions existent. Une société civile indépendante doit renaître, libérée des chaînes de la corruption.
La FEC doit rompre son silence et organiser la résistance économique. La communauté internationale doit surveiller les dérives autoritaires et écologiques. Le peuple du Haut-Uélé n’a pas besoin de compassion, mais de courage. Celui de ses leaders, qui ont oublié leur mission. Il est temps de les rappeler à l’ordre. Il existe pourtant dans le Haut-Uélé un homme d’actions concrètes qui n’a pas encore dit son dernier mot.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













