La République démocratique du Congo, ce “scandale géologique” aux ressources inégalées , est paradoxalement minée par une élite incompétente et prédatrice. Face à ce naufrage systémique, la derwandalisation signifiant “débarrasser la nation congolaise des traîtres et des déchets” — s’impose comme une urgence philosophique et politique.
La RDC, détentrice de 70 % des réserves mondiales de cobalt et de minerais stratégiques , voit ses richesses pillées par une élite corrompue, tandis que 73,5 % de la population vit avec moins de 2,15 $/jour. Malgré une Constitution promouvant la décentralisation (26 provinces depuis 2015) , la gestion reste centralisée et opaque, alimentant les conflits ethno-régionaux .
La territorialisation des ethnies par le colonisateur belge et la kleptocratie de Mobutu ont institutionnalisé la corruption. Tous les anciens chefs de guerre des époques Kabila père et fils sont aujourd’hui reconvertis en politiciens perpétuant un système clientéliste, comme le démontre la crise du RDF/M23 financée par l’exploitation illégale du coltan et l’apparition des pantins et traîtres heureux.
La derwandalisation est un processus multidimensionnel visant à éliminer les acteurs incompétents et corrompus, à régénérer les institutions via des critères méritocratiques et à réenchanter le projet national congolais autour de valeurs communes. Il faut remplacer l’individualisme prédateur par une éthique collective et redécouvrir la vision unitaire et panafricaine de Patrice Lumumba, antithese des divisions ethniques.
Il faut instaurer une méritocratie radicale avec des audits compétentiels. Exiger des diplômes vérifiés et des bilans d’action pour tout poste public. Imposer 50 % de femmes et 30 % de jeunes <35 ans dans les instances décisionnelles. Publier en temps réel les budgets, contrats miniers (comme ceux du cuivre générant 2,7 milliards $ en 2023 ), et déclarations de patrimoine.
Il faut créer des chambres spécialisées, avec des juges internationaux pour éviter les pressions locales. Former une nouvelle génération aux enjeux de gouvernance, comme l’a fait le Ghana avec l’Institut de Politique Publique et intégrer dès l’école primaire l’histoire critique des anti-valeurs congolaises (clientélisme, tribalisme). Il faut refonder le pacte social via des assises nationales.
Il faut organiser un dialogue inclusif (société civile, diaspora, chefs traditionnels) pour redéfinir les missions de l’État pour arrêter la folle machine de la désintégration de la RDC lancée de manière insidieuse par Azarias Ruberwa Manywa alors ministre en charge de la décentralisation. Lier les droits politiques à des engagements vérifiables (ex : tout élu doit parrainer un projet de développement local).
Collaborer avec l’UA et l’ONU pour geler les avoirs des élites prédatrices, comme celles impliquées dans le trafic de minerais. Privilégier les partenariats avec des pays exemplaires en matière de transparence (Norvège, Botswana). Soutenir les collectifs qui incarnent une jeunesse exigeante. Renforcer les investigations sur les détournements (ex : cas des mines de lithium sous-exploitées ).
Il faut encourager l’excellence, miser sur des figures irréprochables pour prouver que l’intégrité paie. Généraliser les bonnes pratiques des provinces comme le Haut-Katanga, où la gestion minière est plus encadrée. La derwandalisation n’est pas une purge, mais une renaissance. Elle exige un sursaut éthique des Congolais eux-mêmes et des institutions fortes, irriguées par des leaders compétents.
Il faut une vision unificatrice, transcendant les clivages ethno-régionaux. À l’élite actuelle : “Le peuple vous regarde. L’histoire vous jugera.” À la jeunesse : “Prenez le flambeau. Le Congo mérite mieux.” Quand le fleuve s’assèche, le poisson doit apprendre à marcher. Il ne faut jamais trop tard pour réparer les fautes du passé et adapter nos méthodes face à des circonstances difficiles et exceptionnelles.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain/ Consultant senior cabinet CICPAR













