La dotation minière communautaire de Kibali Gold, censée être un modèle de redistribution équitable, est aujourd’hui au cœur d’une tempête politique. Alors que le Code minier de 2018 en a fait un outil clé pour le développement local, sa gestion est désormais menacée par des manœuvres opaques et des conflits d’intérêts familiaux. La question est simple : qui profite réellement de ces millions de dollars ?
L’article 285 du Code minier prévoit que 0,3 % du chiffre d’affaires de Kibali Gold soit reversé aux communautés impactées. Ce fonds a financé des projets tangibles : écoles, centres de santé, routes, et même des centrales solaires. Pourtant, derrière ces réalisations, une bataille sourde oppose l’entreprise, l’État et les communautés. Gestion tripartite ? En théorie, oui.
En pratique, Kibali Gold a longtemps gardé la main sur les décisions, arguant d’une meilleure efficacité. Mais cette mainmise est aujourd’hui contestée par ceux-là mêmes qui y voient une opportunité de s’enrichir. Jean Bakomito Gambu, Gouverneur du Haut-Uélé, mène une offensive pour reprendre le contrôle de la dotation. Problème : sa famille est déjà bien implantée dans l’écosystème de Kibali Gold.
Son grand-frère, ancien responsable du departement du social de Kibali, puis ex-Gouverneur du Bas-Uélé. Des contrats de sous-traitance attribués à des très proches, toujours en cours. Question : Comment un homme dont la famille bénéficie directement des largesses de Kibali Mine Gold peut-il prétendre gérer “impartialement” un fonds communautaire ? D’ailleurs, ses actions récentes soulèvent des inquiétudes.
Son voyage prolongé à Kinshasa aurait eu des objectifs personnels et non collectifs. Plus d’un mois de lobbying pour placer ses affidés à la tête de la gestion du fonds et s’assurer des soutiens politiques, contournant les procédures collégiales. Il y aurait une tentative de marginalisation des communautés. Les projets, jusqu’ici gérés avec une relative transparence, risquent de devenir des outils de patronage politique.
La construction du pont Kibali, saluée comme une réussite, pourrait être suivie de projets “prioritaires” choisis par des proches du pouvoir. La société civile et les élus locaux joints par notre Journal dénoncent une instrumentalisation du fonds. “On passerait d’une logique de développement à une logique de racket”, résume un activiste local. Il y aurait clairement un risque de dilapidation.
Sans contrôle indépendant, les millions de la dotation pourraient finir dans des poches privées plutôt que dans des infrastructures. Qui sauvera la dotation Kibali ? La réponse est claire : ni Kibali Gold seule, ni le Gouverneur Jean Bakomito Gambu. L’urgence serait un audit indépendant, une gestion réellement tripartite, et la fin des nominations politiciennes.
Le danger est de permettre au Gouverneur Jean Bakomito Gambu de mettre la main sur cette dotation. Si rien n’est fait, la dotation 0,3 % deviendra un autre exemple de corruption institutionnalisée, et les communautés du Haut-Uélé paieront le prix. Le ministre des Mines Kizito Pakabomba osera-t-il intervenir, ou laissera-t-il Kibali devenir un buffet à volonté pour le Gouverneur qui en fait une question personnelle ?
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













