Ils condamnent d’une bouche et arment de l’autre. Quand les caméras s’allument, Paris pleure sur Goma. Quand elles s’éteignent, Paris forme les troupes qui la bombardent. C’est cela, la “diplomatie française sous Emmanuel Macron” : une grammaire de la vertu au service d’une realpolitik aussi cynique que mortifère.
La République des droits de l’homme arrose le Rwanda de Kagamé, lequel arrose le RDF/M23 d’obus. Et pendant ce temps, TotalEnergies empoche. Car il faut avoir l’honnêteté de nommer les choses. Chaque obus qui tombe sur un village du Nord-Kivu est un obus à double marquage. Il y a le sigle rwandais, certes. Mais il y a aussi, en filigrane, le sceau français. La France n’est pas complice par omission. Elle est complice par action.
Elle forme les officiers qui planifient. Elle équipe les bataillons qui exécutent. Elle entretient avec Kigali une coopération militaire structurée, assumée, photographiée. Les images existent. Les faits sont têtus. Les communiqués, eux, sont en carton. Pour quel bénéfice, au juste ? Le président Kagamé n’est pas dupe. Il sait ce que vaut l’indignation sélective de Paris. Alors il rend service.
Contre la mansuétude française sur son propre agissement congolais, il envoie ses hommes au Mozambique. Mission : sécuriser la zone gazière de TotalEnergies. Vingt milliards de dollars d’investissements sont en jeu. Les soldats rwandais protègent les intérêts français. Et les soldats français, en retour, protègent le régime rwandais des conséquences de ses crimes. C’est propre, c’est net, c’est contractuel. C’est l’Afrique, business model.
Pendant ce temps, à Kinshasa comme à Goma, on lit les dépêches AFP. On y voit un ministre français déplorer la reprise des hostilités. On l’entend réclamer le retrait du RDF/M23. On le regarde, caméra au poing, jouer les donneurs de leçons. Et l’on se souvient que ces mêmes lèvres, hier, scellaient des accords militaires avec le bourreau. Ce “en même temps” n’est pas une maladresse. C’est une doctrine. C’est le double langage élevé en art de gouverner.
C’est l’hypocrisie devenue politique étrangère. Alors oui, la France est détestée sur une grande partie du continent africain. Non parce qu’elle serait mal comprise. Mais parce qu’elle est parfaitement comprise. On a saisi depuis longtemps le mécanisme : les pleurs pour la forme, les armes pour le fond. La morale pour la vitrine, le gaz pour la cave. Et l’on voudrait que la RDC croie encore à la transparence française ?
Les Congolais ne sont pas aveugles. Ils voient les photos. Ils comptent les morts. Et ils savent désormais que certains condamnations, en réalité, couvrent des complicités.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













