Le Haut-Uélé, province riche en ressources et en histoire, est aujourd’hui le théâtre d’une dilapidation effrénée sous le regard impuissant—ou complice—de ses institutions. L’homme de Bambesa, celui qui aurait dû marcher dans les pas des figures intègres comme les chefs Anga et Morris, Kupa ou feu Lola Kisanga, a choisi une autre voie : celle de la prédation systématique.
Les envahisseurs ne sont plus seulement ceux qui franchissent les frontières, mais ceux qui, cravatés et titulaires de postes clés, pillent en toute impunité. La population, exsangue, observe, impuissante, des fortunes s’ériger en quelques mois là où la misère était la norme. Il suffit de parcourir les postes de contrôle de la province pour constater l’ampleur du phénomène qui met la province en sursis.
Des fonctionnaires venus dans les très lourds bagages du nouveau gouverneur, hier encore inconnus, possèdent désormais 3 à 4 véhicules en moins d’un an. À Ndubala, un simple taximan, connu pour ses difficultés financières passées, très proche de “Goliath” bâtit désormais des concessions imposantes. Ces constructions, érigées au vu et au su de tous, semblent presque un défi lancé à une population appauvrie.
Pire encore, en montant vers la REGIDESO, on assiste à la métamorphose de modestes bâtisses en immeubles de plusieurs étages, sans que personne ne s’interroge sur l’origine des fonds. Ces signes ostentatoires de richesse ne sont pas le fruit du travail, mais bien celui du détournement, de la corruption et de la prédation institutionnalisée. La manipulation des institutions n’est pas en reste.
Le gouverneur Jean Bakomito Gambu a habilement joué avec les règles en nommant deux députés provinciaux à des postes stratégiques. L’un à la Direction Générale des Recettes du Haut-Uélé (DGRHU) et l’autre au Ministère provincial des Finances. Ces nominations ne sont pas innocentes. En vertu de la loi, ces députés sont remplacés par leurs suppléants à l’Assemblée provinciale, modifiant ainsi l’équilibre des forces.
Une majorité de 11 députés contre 9 actuellement pourrait basculer contre le pouvoir en place, réduisant toute velléité de contrôle ou d’opposition du gouverneur vis-à-vis de ces 2 derniers. Et que dire des 21 votes sortis d’une machine à voter alors qu’il n’y avait que 20 votants ? Une fraude si flagrante qu’elle en devient insultante, mais qui, étrangement, n’a jamais provoqué aucune réaction de l’Assemblée provinciale.
Pourquoi ce silence ? L’Assemblée du Haut-Uélé, censée être le rempart contre les abus, semble frappée de paralysie. Alors que les députés provinciaux n’hésitent pas à sanctionner l’absence d’un directeur de l’Office des routes , ils ferment les yeux sur des malversations autrement plus graves. Justin Zamba, président de l’Assemblée, et ses pairs ont-ils été achetés, intimidés, ou simplement résignés ?
La question mérite d’être posée. Car dans une province où les infrastructures s’effondrent (comme le pont Bomokandi, dont la reconstruction traîne depuis 2023 ), où les budgets provinciaux sont détournés (192 millions de dollars pour 2025, mais pour qui ? ), leur inaction est criminelle. La majorité de ceux qui dirigent le Haut-Uélé aujourd’hui ne sont pas des fils du terroir.
Ce sont des locataires du pouvoir, des mercenaires administratifs qui voient la province comme un coffre-fort à vider avant de retourner d’où ils sont venus. Leur objectif n’est pas le développement, mais l’accumulation rapide. C’est pourquoi ils ont mis en place une administration sans racines ni lien tellurique. La communication officielle de la province est gérée avec insultocratie assumée.
Et pendant ce temps, la population souffre. Les routes sont impraticables, les hôpitaux manquent de médicaments, et l’éducation se meurt. Où est passée la décentralisation promise par la Constitution de 2006 ? Elle a été détournée au profit d’une centralisation mafieuse où Isiro, en complicité avec Wamba et Faraje, tire les ficelles et où les autres territoires (Dungu, Rungu, Niangara et Watsa) obéissent—ou se taisent.
Il est temps que la population du Haut-Uélé se réveille. Les signes sont là, criants : enrichissement inexplicable de certains fonctionnaires, manipulation des institutions pour étouffer toute opposition et silence coupable de l’Assemblée provinciale. Si rien n’est fait, le Haut-Uélé ne sera bientôt plus qu’une coquille vide, pillée jusqu’à la moelle par ceux qui étaient censés le servir.
La résistance doit s’organiser. Par les manifestations, les recours juridiques, la pression médiatique. Car, comme le disait Lola Kisanga : “Un peuple qui se tait devant l’injustice mérite ses chaînes.” Le Haut-Uélé mérite mieux. Beaucoup mieux.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













