En RD Congo, le scandale n’est plus une exception : il est devenu la norme managériale. La Société Nationale d’Électricité (SNEL), symbole de la souveraineté énergétique, est en train de s’effondrer sous le poids des conflits intestinaux entre son Conseil d’Administration (PCA) et son Directeur Général (DG) dans un théatre de l’absurde.
Fabrice Lusinde, DG accusé de “mauvaise gouvernance et d’insubordination” par son Conseil d’administration, incarne ce système où l’intérêt personnel prime sur l’intérêt national. Mais derrière cette bataille d’egos, c’est tout un modèle de gouvernance qui sombre dans la farce tragique. La SNEL perd 46% de sa production à cause de la vétusté du réseau et de la fraude, représentant un manque à gagner de 2,29 milliards de dollars en 2022.
Des commissaires aux comptes ont identifié 200 millions de dollars d’opérations non justifiées sous la direction de Fabrice Lusinde. Le kilowattheure est vendu à 0,17 dollar alors que le coût de production est de 0,40 dollar, plongeant l’entreprise dans un déficit structurel. Fabrice Lusinde serait le DG “indélogeable”. Suspendu par l’Assemblée Nationale en 2023, il est réhabilité sous pression de la Banque Mondiale.
En 2025, le PCA exige sa révocation pour “insubordination” et “double salaire”, sans succès. Le PCA dénonce le refus de DG d’exécuter les décisions du Conseil, opacité financière, et climat de tension. À la Gécamines, le PCA dénonce son DG “Nargueur”. Le DG de la Gécamines “entretient des conflits” avec ses adjoints et “nargue le Conseil d’Administration” par la création de task forces sans consultation du PCA dans une violation totale des procédures.
Au Fonds Forestier National, le DG serait “Récidiviste”. Il refuse de communiquer les informations sur le projet “1 milliard d’arbres”, dont le taux de réalisation n’est que de 0,05%. Il y a suspension des directeurs pour avoir boudé le Conseil. Et à la SONAHYDROC, la bataille des rémunérations a eu raison de la décence. Le DG Marcellin Bilomba a été suspendu pour avoir refusé une augmentation de 600% des rémunérations du PCA.
L’Inspection Générale des Finances (IGF) avait d’ailleurs qualifié ces augmentations de “détournement de deniers publics”. Conséquences ? La RDC est sacrifiée sur l’autel de l’égo de Monsieur le PCA. 80% de la population congolaise vivent sans électricité permanente malgré le potentiel hydroélectrique du pays. Les entreprises minières délocalisent à cause du déficit énergétique. Le projet “1 milliard d’arbres” est un échec cuisant (4 millions plantés).
Les salaires des agents ne sont pas payés, mais les jetons de présence du PCA explosent. Pourquoi ces conflits sont-ils structurels ? Le PCA est souvent protégé par des réseaux politiques. Il y a une absence de digitalisation des comptes dans l’administration congolaise et particulièrement à la SNEL qui refuse la transparence. Les PCA et DG se livrent une guerre pour le contrôle des budgets. Le ministère du Portefeuille est absent ou complice.
Il faut maintenant sortir de la farce tragique par des audits indépendants. Confier l’évaluation des entreprises à des cabinets internationaux sous mandat de l’IGF. Poursuivre certains PCA et DG pour “détournement” et “mise en péril de l’économie nationale”. Automatiser les processus financiers pour limiter la fraude et encourager les dénonciations des malversations. La RDC est assise sur une montagne d’or, mais ses entreprises publiques sont gérées comme des comptoirs coloniaux.
Le conflit PCA-DG n’est pas une simple querelle de cour : c’est le symptôme d’un État en déliquescence, où l’intérêt général est sacrifié au profit des ambitions personnelles. La SNEL, la Gécamines, le Fonds Forestier – autant de joyaux qui pourraient faire du Congo un géant économique, mais qui sont transformés en champs de ruines par une classe dirigeante irresponsable.
Il est temps que le gouvernement congolais passe de la complaisance à l’action : révoquer les dirigeants fautifs, saisir la justice, et exiger une gestion transparente. Pour en finir avec les guerres d’égos et les doubles salaires indécents, exigeons que PCA et DG ne fassent plus qu’un : une seule tête, un seul salaire, une seule responsabilité. Le peuple congolais mérite mieux que des excuses : il mérite de l’électricité, des emplois, et un avenir.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













