Au cœur de la République Démocratique du Congo, un pays dans un pays émerge comme une entité presque autonome : la Kibali Gold Mine. Cette mine d’or, symbole de richesse et de prospérité, se dresse fièrement sur le paysage, mais une ombre plane sur son image : le pont privé de la mine à DURBA sur une rivière pourtant congolaise mais qui obéit aux ordres privés et non des autorités publiques.
Ce pont, construit exclusivement pour les besoins de la mine, est devenu bien plus qu’un simple moyen de traverser la rivière. Il est devenu un symbole de pouvoir et d’oppression. Les transporteurs locaux, chargés de livrer des biens essentiels à travers la province du Haut-Uélé et accessoirement à travers le pays, se retrouvent confrontés à des règles strictes et arbitraires imposées par la Kibali Gold Mine.
À l’entrée du pont, un défi attend chaque transporteur : tout doit être déchargé avant de traverser. Une fois de l’autre côté, tout doit être rechargé. Cette procédure absurde, imposée sans explication logique, entraîne des retards considérables et des pertes financières pour ceux qui dépendent du transport de marchandises sans oublier un travail harassant dans un espace exigu.
Des jours sont perdus pour la simple traversée d’un pont, alors que le Gouverneur sortant Christophe Baseane Nangaa, frère biologique du chef rebelle de l’AFC-M23 et ennemi public numéro un Corneille Nangaa, reste étrangement silencieux face à ces pratiques injustes. L’absence de réaction soulève des questions sur la complicité tacite de ceux qui devraient défendre les intérêts des citoyens.
Ce pont de la discorde révèle des inégalités profondes et des abus de pouvoir qui persistent dans les régions riches en ressources naturelles. Il met en lumière le déséquilibre entre les intérêts des grandes entreprises minières et ceux des communautés locales, laissant ces dernières vulnérables et exploitées. Nos familles sont entièrement à la merci des passions et humeurs des financiers affairistes.
Le pont de la Kibali Gold Mine devrait être bien plus qu’un simple passage physique. Il devrait être un appel à l’action, à la transparence et à la responsabilité. Il devrait inciter à remettre en question les structures de pouvoir qui permettent de telles injustices et à œuvrer pour un avenir où le développement économique ne se fait pas au détriment des droits et de la dignité des populations locales.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













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