Lorsque le général Felix Kulayigye, ancienne voix officielle des razzias déguisées de l’UPDF, se mue en architecte constitutionnel pour la République Démocratique du Congo, le ridicule ne le dispute plus à l’indécence, il la terrasse. Voir un haut gradé d’une armée étrangère, dont le pays est cité nommément dans les rapports de l’ONU comme “soutien actif au RDF/M23”.
C’est la plaque tournante du pillage de l’or et du coltan de l’Ituri. Voir un officiel de ce pays donner des leçons de gouvernance à Kinshasa est une insulte à l’intelligence des morts congolais. La proposition d’un « fédéralisme intégral » n’est pas une lubie géopolitique, c’est un logiciel de prédation mis à jour. Il s’agit, ni plus ni moins, de formaliser la balkanisation rampante en créant des provinces vidées de la puissance de l’État central.
Des proies faciles et isolées, incapables de négocier ferme face aux appétits voraces de leurs “voisins” qui n’attendent que le contrôle total desdites provinces — un contrôle que M. Kulayigye appelle cyniquement “la paix”. Cette désinvolture paternaliste, ce ton de maître d’école s’adressant à un cancre turbulent, masque mal l’agenda sécuritaire et économique d’un Ouganda en panne de ressources et en quête perpétuelle de débouchés pour son armée pléthorique.
Car de quelle “stabilité” parle-t-on exactement ? De celle qui permet aux convois de grumes et de minerais de franchir la frontière de Kasindi sans sourciller ? De celle qui transforme Beni et Bunia en arrière-cours stratégiques où les massacres de l’ADF servent de prétexte à des déploiements militaires à géométrie variable, jamais soldés par une victoire mais toujours par un renforcement de l’emprise ougandaise ?
Exiger de Kinshasa un éclatement du pouvoir central, c’est réclamer l’affaiblissement du seul acteur légitime capable, un jour, de dire “non” à la prédation transfrontalière. C’est une ingérence abjecte car elle s’habille des oripeaux du conseil amical tout en aiguisant le couteau du charcutier. La RDC n’a de leçons de fédéralisme à recevoir ni des généraux affairistes de Kampala ni de Kigali. La forme de l’État congolais — unitaire, fédéral ou confédéral — est une affaire strictement congolaise.
Elle se règle dans l’hémicycle du Palais du Peuple et non dans les casernes de l’UPDF. Que le général Kulayigye et ses commanditaires politiques comprennent ceci : la “solution” à l’instabilité chronique de l’Est ne réside pas dans la soumission de Kinshasa à un agenda étranger déguisé en cure institutionnelle, mais dans le retrait pur et simple des troupes étrangères et des parrains du chaos.
La paix viendra lorsque les voisins cesseront de se comporter en tuteurs et accepteront l’idée insupportable pour eux d’une RDC forte, unie et parfaitement capable de défendre ses frontières sans demander l’avis de ceux qui les violent quotidiennement. L’outrecuidance ougandaise, aujourd’hui exprimée à ciel ouvert, doit servir de piqûre de rappel : le seul contrôle « total » qui vaille est celui que la RDC exercera sur chaque millimètre carré de son territoire souverain.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













