En RD Congo, où le népotisme et le clientélisme règnent en maîtres dans les sphères politiques et administratives, un secteur émerge comme une exception frappante : le milieu artistique, et particulièrement la musique. Le secteur culturel congolais est le seul où la méritocratie n’est pas un vain mot, contrairement aux entreprises publiques en déliquescence ou aux ministères transformés en fermes familiales.
Alors que les ministres et les gouverneurs des provinces peuplent leurs cabinets de parents incompétents et de concubines opportunistes , les musiciens, eux, recrutent strictement sur la base du talent, de la compétence et de la valeur ajoutée. En RDC, les cabinets ministériels comme tous les entourages administratifs sont transformés en entreprises familiales avec des enfants, neveux et concubines.
Le ministère du Genre, de la Famille et des Enfants, où les nominations suivent souvent des logiques de loyauté plutôt que de compétence. Celui du Portefeuille, malgré des résultats désastreux (dettes, gestion opaque), voit la longévité politique de son actuel titulaire s’expliquer par des réseaux puissants, pas par des performances entrepreunariales ou managériales avérées. A l’aménagement du territoire, n’en parlons pas.
Aucun audit sérieux n’est mené sur les compétences réelles des collaborateurs proches des dirigeants. Il y a clairement en RDC une absence de sanction pour incompétence. Contrairement aux musiciens, qui écartent rapidement les éléments non performants, un ministre congolais peut survivre des décennies sans résultats tangibles. Conséquence : Les administrations publiques deviennent des coquilles vides.
Tandis que les orchestres musicaux maintiennent des standards exigeants. La musique congolaise s’avère un écosystème impitoyable pour les imposteurs. Dans ce secteur, le recrutement est réalisé par l’excellence. Aucun musicien ne recrute sa fille ou son cousin encore moins son neveu s’il ne maîtrise pas son instrument. Contrairement aux ministres, un chef d’orchestre congolais ne tolère pas les fausses notes.
Dans un groupe comme Quartier Latin ou Wenge Musica, un guitariste médiocre est remplacé sans état d’âme. Personne ne garde un percussionniste incompétent sous prétexte qu’il est “du village”. La logique dans ce secteur est : “tu ramènes ou tu dégages”. Un musicien est jugé sur sa technique (voix, instrument), sa capacité à attirer un public (marketing) ou son professionnalisme (ponctualité, discipline).
En politique : Un directeur de cabinet peut être incompétent mais garder son poste parce qu’il est “fiable” (c’est-à-dire docile). Le secteur artistique s’auto-régule par le marché. Il n’existe pas de subventions pour les artistes médiocres. Si un musicien ne séduit pas son public, il disparaît. En politique : Les échecs sont compensés par des nominations ailleurs, des postes fictifs ou des détournements.
Pourquoi cette différence ? Le poids des enjeux économiques. L’art est le secteur concurrentiel par essence. La musique congolaise doit conquérir des marchés (Afrique, Europe, Amérique). Elle ne survit que par l’innovation et la qualité. Les ministères, eux, fonctionnent avec l’argent du contribuable : peu importe si le service est nul, les salaires tombent. Tandis qu’il y a une absence de filets de sécurité pour les artistes.
Un musicien sans talent ne peut pas compter sur un “piston”. Il doit se reconvertir ou sombrer. Un fils de ministre, lui, peut cumuler des postes fantômes sans jamais produire quoi que ce soit. Et si l’État s’inspirait des musiciens en instaurant des audits de compétences pour évaluer les ministres et leurs équipes sur des indicateurs précis (résultats économiques, gestion transparente, production intellectuelle).
Il faut exclure les incapables, quels que soient leurs liens familiaux et sanctionner le népostisme. Il faut rendre obligatoire la publication des CV des collaborateurs politiques (comme on exige une démo-tape pour un musicien), créer des mécanismes de signalement et de protection des lanceurs d’alerte pour dénoncer les nominations douteuses. Il faut valoriser la méritocratie artistique comme modèle.
Les artistes (écrivain, peintre, poète, musicien et autres) congolais sont une preuve vivante que la RDC peut fonctionner autrement. Le Fonds de Promotion Culturelle (FPC) montre qu’un système transparent de financement est possible. Le monde artistique est le dernier rempart contre la médiocratie. Alors que la politique congolaise sombre dans le favoritisme, le secteur artistique reste un îlot de rationalité.
Les musiciens congolais, en recrutant uniquement sur le mérite, démontrent qu’une autre RDC est possible : une RDC où on avance par le talent, pas par le nom. Les ministres devraient en prendre de la graine – mais pour cela, il faudrait d’abord qu’ils aient honte. Un pays où les musiciens sont plus méritocrates que les ministres est un pays où l’espoir réside dans l’art, pas dans l’État. Et il faut changer ça.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













