Roman Starovoït, ancien ministre russe des Transports, a été retrouvé mort dans sa voiture à Odintsovo, une banlieue huppée de Moscou, quelques heures seulement après avoir été limogé par Vladimir Poutine. Les autorités russes ont rapidement évoqué un suicide, mais les circonstances troubles entourant sa mort, ainsi que son implication présumée dans un scandale de corruption, soulèvent de nombreuses questions.
Roman Starovoït, né en 1972, était un haut fonctionnaire russe membre du parti Russie unie. Il a occupé plusieurs postes clés. Il a notamment supervisé la construction de fortifications frontalières face à l’Ukraine, un projet entaché par des allégations de détournement de fonds. Nommé après la réélection de Poutine, il a dû gérer les perturbations dues aux attaques de drones ukrainiens sur les infrastructures aéroportuaires russes.
Son limogeage brutal, officialisé par un décret du Kremlin le 7 juillet au matin, n’a été accompagné d’aucune explication publique. Cependant, des sources médiatiques russes suggèrent qu’il était visé par une enquête pour détournement de 19,4 milliards de roubles (environ 246 millions de dollars) destinés aux défenses frontalières de Koursk. Il a été retrouvé avec une blessure par balle dans sa Tesla, garée près d’un parc résidentiel.
Une arme de service (un pistolet Makarov offert par le ministère de l’Intérieur) a été découverte à proximité. Bien que les autorités privilégient cette piste, des médias russes (dont Forbes Russie et Kommersant) rapportent que sa mort aurait pu survenir avant même son limogeage officiel, alimentant les spéculations sur une possible élimination.
Son successeur à Koursk, Alexeï Smirnov (arrêté en avril 2025 pour corruption), aurait accusé Starovoït dans le cadre de l’enquête sur les fonds détournés. La mort de Starovoït s’inscrit dans une série de décès soudains et suspects parmi les élites russes : Andreï Badalov (vice-président de Transneft) : Retrouvé mort sous une fenêtre trois jours plus tôt. Andreï Korneïtchouk (responsable des transports) : Décédé d’un arrêt cardiaque soudain le même jour, sans lien officiel établi.
Ces événements rappellent les nombreuses disparitions inexpliquées de personnalités liées au pouvoir ou à des affaires sensibles depuis le début de la guerre en Ukraine. Le limogeage puis la mort de Starovoït pourraient refléter une épuration des cadres jugés inefficaces ou compromis, notamment après l’incursion ukrainienne à Koursk en 2024, perçue comme une humiliation pour Moscou.
Son départ intervient dans un contexte de chaos aérien (près de 500 vols annulés en raison des drones ukrainiens), mais les analystes doutent que cela soit la raison principale de sa disgrâce. La rapidité de sa succession par Andreï Nikitine (un proche du pouvoir) et les accusations de corruption suggèrent une volonté de resserrer le contrôle sur les ministères clés.
Si les autorités russes insistent sur un suicide, les zones d’ombre entourant la mort de Roman Starovoït – notamment les liens avec les scandales de corruption et les rivalités politiques – laissent planer le doute. Cette affaire illustre les mécanismes opaques du pouvoir poutinien, où les chutes en disgrâce s’accompagnent souvent de tragédies personnelles.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













