Il fallait bien que cela arrive. Alors que le monde entier se débat avec l’intelligence artificielle, les transitions énergétiques et les réformes structurelles profondes, la Division Provinciale des Actifs du Haut-Katanga, elle, a trouvé son combat de haute lutte : le pantalon, évoquant le code de déontologie, ce cache-sexe intellectuel.
Par une note de service d’une rare auditive régressive, signée Célestin KATOLO MULOBE, l’administration publique de Lubumbashi vient de déclarer la guerre sainte aux “minijupes, bodies sexy et pantalons”. On se pince, on relit, et si, c’est bien réel : en 2026, en République Démocratique du Congo, l’urgence nationale, c’est la longueur du tissu qui recouvre les cuisses des agentes.
Pour justifier cette croisade digne d’une autre époque, le Chef de Division ose une acrobatie intellectuelle consternante : il convoque le décret-loi sur le code de conduite de l’agent public. On cherche désespérément, dans les articles cités, le mot “pantalon”, “minijupe” ou “body”. Verdict ? Il n’y est pas. Ce que le texte exige, c’est de l’honorabilité, de la civilité, de la sincérité.
Mais dans l’esprit tortueux de nos censeurs, honorabilité rime désormais avec uniformisation vestimentaire, et civilité avec interdiction de pantalon. On instrumentalise un texte noble pour habiller une obsession malsaine pour le corps des femmes. Le ridicule ne tue pas, mais à ce degré, il devrait pourtant être passible de révocation. La grande misère d’une administration qui ne sait plus où regarder.
Car oui, mesdames, si vous osez enfiler un pantalon ou porter une jupe jugée trop courte par l’œil expert du Chef KATOLO, préparez-vous à des sanctions très sévères, allant même jusqu’à la révocation. Traduisons : votre carrière, votre pain, votre dignité professionnelle, tout cela peut voler en éclats parce qu’un supérieur hiérarchique, dans un bureau poussiéreux de Lubumbashi, a décidé que votre tenue menaçait l’image de l’État.
Pendant que les dossiers s’entassent, que les services publics dysfonctionnent et que la corruption gangrène les administrations, voilà le front sur lequel on déploie des troupes. On ne chasse pas les véreux, on chasse les bodies. Félicitations, l’ennemi public numéro un est identifié : c’est la couturière qui a osé confectionner un pantalon pour une fonctionnaire. Cette note de service n’est pas une simple circulaire administrative.
C’est un aveu de faillite intellectuelle. C’est la preuve qu’à défaut de savoir moderniser l’administration, on tente de moderniser la pudeur. Mesdames de la Fonction Publique du Haut-Katanga, préparez vos mètres de couturière : l’administration veille. Et pendant ce temps-là, le Congo, lui, attend toujours qu’on lui parle sérieusement de son développement.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













