Rares sont les dirigeants africains qui ont accédé au pouvoir dans un pays d’Afrique sans effusion de sang. Robert Guei, né en 1941 et décédé assassiné en Octobre 2002, régna à partir de décembre 1999, un certain 24 décembre d’où son surnom de “Père Noël en treillis” jusqu’au mois d’Octobre 2000. Dix mois seulement avant de perdre les élections face à Laurent Gbagbo Koudou.
Le général Robert Guei fut un officier supérieur normal sans problème jusqu’à sa mise en retraite. Chassé de l’armée par le président de la République ivoirienne Henry Konan Bedié, un ancien Saint- cyrien. Marié à une Sénégalaise Doudou Rose Guei, le général se replia dans son village à Kabakouma vers l’ouest de la Côte d’Ivoire, une retraite dorée et étant libre de ses mouvements.
Il va sortir de sa retraite suite à un évènement politique majeure au mois de décembre 1999 qui ne le concernait ni de près ni de loin. Sous l’instigation des jeunes militaires ivoiriens revenus d’une mission onusienne pour le maintien de la paix en République centrafricaine. Ces militaires vont se mutiner suite de non prise en compte de leurs revendications concernant la majoration de leur solde.
Leur entrevue avec le président Konan Bedié accouchera d’une souris. Ce dernier refusa de les écouter. Bientôt les revendications salariales vont tourner en une mutinerie qui très vite, se transformera en un coup d’État militaire. Le Président Konan Bedié sera renversé avec facilité sans effusion du sang. Pour les jeunes militaires, le casse-tête va commencer. Qui pour reprendre la tête du pays ?
Ils vont commencer par téléphoner aux officiers supérieurs pour pouvoir diriger le pays mais ils déclineront cette offre qui semblait être un cadeau empoisonné. Le premier contacté, un colonel et ancien pilote d’avion de feu Houphouët Boigny qui refusa. Le deuxième, un certain Palenfo qui refusa lui aussi tout en les recommandant vers un certain ex-général à la retraite Robert Guei.
Ce dernier se trouvant à plusieurs kilomètres d’Abidjan, il hésita au vu de la facilité de ce qui se passa croyant à une blague. Sans véhicule à sa disposition, les militaires vont décider d’aller le chercher chez lui de gré ou de force. Le temps pressait. Ils vont aller le trouver dans son chantier inachevé, une grande maison en construction.
Ils vont tenter de le convaincre mais ce dernier refusa. C’est alors que les militaires vont appliquer la manière forte sous la menace d’un revolver. Un militaire dégaina son arme et tira une balle au-dessus de sa tête. Paniqué, il finira par accepter ce cadeau de Noël inespéré. Bientôt le cortège va s’ébranler en direction d’Abidjan pour un tour dans les casernes.
Et un communiqué officiel annonçant la fin du régime Konan Bedié, entouré des hommes en treillis. En bouclant au préalable tous les points stratégiques du pays et de la capitale. Robert Guei était devenu le nouveau président de la Côte d’Ivoire à son corps défendant. C’était dans une liesse populaire que les Ivoiriens vont fêter l’arrivée au pouvoir de cet ex-général chassé de l’armée.
Une sorte de revanche pour “le Père Noël”, l’heure était donc venue pour les Ivoiriens de se servir. Les militaires en premier et ensuite les civils. Toutes les villas, boutiques et sociétés appartenant de près ou de loin au pouvoir déchu seront visitées et pillées de fond en comble, le self-service. Et bientôt la cohabitation entre le général et les jeunes mutins deviendra houleuse.
À chaque à fois que le général devenu président se faisait remonter les bretelles par ces derniers sous la menace d’une arme. “N’oubliez pas comment on vous a mis au pouvoir” lui disaient-ils comme une sorte de chantage. Les généraux de l’armée seront obligés chaque week-end de remettre une cagnotte aux mutins après avoir racketté les entrepreneurs occidentaux et libanais.
Ce qui finira par exaspérer le général Guei, “tenu en laisse” par un colosse de mutin du nom de IB ,Ibrahim Coulibaly ou “le Major Djibilan”. Pour le général Guei, il fallait se séparer de lui mais pas en le tuant. Ce serait trop flagrant. Alors, il va lui créer un poste sur mesure en l’envoyant loin au Canada. Refus catégorique de ce dernier, qui par bravade, continua à se la couler douce à Abidjan dans sa jeep 4×4 climatisée.
Mais l’étau ne cessera de se refermer sur lui. Il finira par quitter Abidjan mais avec escale à Paris pour une entrevue avec un certain Alassane Dramane Ouatara en exil. Petit à petit, le général commença à imposer sa marque disciplinaire aux Ivoiriens. Il deviendra dictateur, lui qui disait “vouloir nettoyer la maison”. Il va goûter aux délices du pouvoir jusqu’à vouloir briguer un véritable mandat, celui de la légitimité.
Il ira inventé un coup d’état militaire comme celui récemment connu à Kinshasa pour créer un vide autour de lui, éliminer les potentiels concurrents et les éléments gênants. Il voulait son émancipation. Le pouvoir ne se donne pas, mais ça s’arrache. Un bienfaiteur peut vite devenir un ennemi. Le pouvoir n’est pas une affaire de saints mais une affaire du sang, surtout en Afrique.
Le pouvoir n’est pas pour les gentils. Surveillons le Sénégal dans les jours à venir entre le nouveau président de la République et son Premier ministre. L’histoire n’est-elle pas un éternel recommencement ?
Dary Abega / Lobjectif.net












