Dans l’entrelacs tortueux des réformes politiques, il semble que certains acteurs trouvent encore le temps de tergiverser quand il s’agit de former le gouvernement d’Union nationale en République Démocratique du Congo. Pourquoi affronter les problèmes quand on peut organiser des discussions interminables?
Ainsi, le Conseiller Spécial en matière de sécurité du Président Félix Tshisekedi, Désiré-Cashmir Eberande Kolongele, s’attelle à la tâche herculéenne, ou plutôt sisyphéenne, de consulter une classe politique apparemment sourde aux hurlements de détresse de la nation. Nous voici engagés dans des semaines si pas des mois de palabres à la congolaise.
Un spectacle tragicomique de débat et de dialogue qui coûte non seulement des sommes faramineuses mais surtout des précieuses vies, alors que le pays est déchiré par la guerre. Pendant que nous alignons les réunions, le Rwanda affine son expansion et l’Ouganda lorgne sur nos provinces avec une convoitise sans bornes, comme en témoigne l’occupation inquiétante de Mahagi.
Et quelle est notre réponse magistrale à cette épreuve existentielle? Nous concoctons un casting politique qui aurait fière allure dans une pièce de théâtre absurde. Matata Ponyo, Adolphe Muzito, Lambert Mende, Steve Mbikayi – des noms synonymes non des solutions audacieuses que requiert la crise, mais d’une persistance maladive à s’accrocher à des méthodes dépassées.
Le délai donné pour aboutir à ce gouvernement d’Union nationale semble être conçu pour décevoir. Comme s’il s’agissait d’un pacte secret visant à saborder toute chance de véritable changement, en alourdissant la scène avec des acteurs en quête de rédemption médiatique plutôt que de progrès concret pour la nation. La notion d’urgence semble inexistante en RDC.
Loin d’être une démonstration de diligence ou de sagacité, cette procrastination est un aveuglement volontaire, une fuite devant l’urgence, un pied de nez à chaque citoyen congolais qui mérite mieux que des tergiversations laborieuses. L’histoire sera sévère face à cette inaction flamboyante, comme seul l’excès d’opportunisme politique sait le produire.
Car pendant que nos dirigeants dansent cette valse asphyxiante de consultations, le temps fuit. Et avec lui, les illusions d’une paix prochaine. Qui aura le courage de dénoncer ce théâtre d’apathie orchestrée, avant que le rideau ne tombe sur une nation qui aurait pu s’épargner bien des souffrances en brandissant les véritables armes du changement?
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













