Ce jeudi 12 février 2026, l’aéroport de Goma a brisé plus d’un an de silence aérien. Un avion transportant Vivian van de Perre, Représentante spéciale du Secrétaire général par intérim et Cheffe de la MONUSCO par intérim, s’est posé sur le tarmac. Derrière l’apparente normalité d’un vol officiel, c’est un acte politique majeur que signe la RDC.
La restauration de sa souveraineté aérienne sur une ville martyre. Ce n’est pas une simple autorisation administrative. C’est un rétablissement. Car il ne s’agissait pas ici d’une simple levée de contrainte technique. Depuis des mois, le ciel de Goma était sous emprise. Non par une force étrangère déclarée, mais par une occupation rampante qui, de fait, avait confisqué à Kinshasa la maîtrise de son espace aérien.
Chaque vol, chaque mouvement relevait de la négociation, quand ce n’était pas de l’humiliation. En rendant possible cet atterrissage, en le conditionnant à son accord explicite, le Gouvernement de la RD Congo ne se contente pas de rouvrir une piste. Elle rouvre un chapitre. Celui où l’État congolais décide seul qui entre chez lui, et à quelles conditions. L’arrivée de la numéro deux de la MONUSCO ajoute à l’événement une portée symbolique que personne ne saurait feindre d’ignorer.
C’est la mission onusienne elle-même, incarnation la plus visible de l’ingérence consentie, qui se soumet ici à la volonté de Kinshasa. La représentante de l’organisation internationale ne débarque pas en terrain conquis ; elle atterrit sous pavillon congolais. L’inversion des rôles est totale : l’autorité n’est plus concédée, elle est exercée. Goma n’est plus une simple étape logistique, mais un poste-frontière verrouillé par la puissance hôte. Ce premier vol inaugure ainsi une nouvelle ère, fragile mais irréversible.
Il démontre que la souveraineté ne se proclame pas seulement dans les discours, elle se matérialise dans le contrôle des flux, des airs, des accès. En reprenant la main sur son aéroport, la RDC envoie un message clair à ses partenaires comme à ses adversaires : Goma n’est pas une ville ouverte. Elle est une capitale régionale sous administration congolaise bien qu’occupée par le Rwanda, et tout atterrissage est désormais un privilège accordé, non un droit acquis. Le ciel du Nord-Kivu redevient congolais. Il était temps.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













