Le sommet de Kinshasa marque un tournant stratégique, avec une condamnation sans précédent de l’agression rwandaise et un leadership congolais renforcé pour les deux prochaines années. La République démocratique du Congo n’est plus seulement le cœur géographique de l’Afrique ; elle en devient un pilier diplomatique.
Ce lundi 17 novembre 2025, les Ministres Patrick Muyaya et Floribert Anzuluni ont détaillé les retombées du IXe Sommet de la CIRGL, un événement qui replace la RDC au centre du jeu géopolitique régional. Pour la première fois depuis 2020, les Chefs d’État de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL) se sont réunis. L’objectif ? Relancer une machine diplomatique essentielle à la stabilité d’une région meurtrie.
L’heure du bilan et de la redéfinition des priorités avait sonné. L’issue de ces assises est sans équivoque : un vote de confiance massif en faveur de la RDC. Le Président Félix Tshisekedi hérite de la présidence de l’organisation pour deux ans, tandis que le Ministre Anzuluni dirigera le Comité interministériel régional. Une double responsabilité qui consacre le leadership congolais. Mais de quoi parle-t-on exactement ? La CIRGL n’est pas une simple organisation de plus.
C’est l’architecture juridique et politique conçue pour briser le cycle infernal des conflits dans les Grands Lacs. Fondée sur un Pacte de sécurité, de stabilité et de développement, elle repose sur deux piliers : une feuille de route juridique contraignante : 10 protocoles qui encadrent tout, de la non-agression et la défense mutuelle à la lutte contre l’exploitation illégale des ressources naturelles, en passant par la protection des femmes et des déplacés.
Et cinq programmes d’action concrets qui couvrent la paix, la démocratie, le développement économique, les questions humanitaires et le genre. La CIRGL est le cadre le plus pertinent pour traiter des maux de la région, car elle inclut tous les acteurs directement impliqués dans les crises, y compris le Rwanda. Si les nominations sont symboliques, la “Déclaration de Kinshasa” est, elle, stratégique et historique. Ce document acte une avancée cruciale pour la diplomatie congolaise.
La reconnaissance officielle et explicite du Rwanda comme “pays agresseur” par l’ensemble des 11 États signataires. Cette condamnation collective, fondée sur le Protocole de non-agression, n’est pas qu’une formule de politesse. Elle s’accompagne d’un appel onusien au « retrait sans délai » des troupes rwandaises du territoire congolais. Le Ministre Anzuluni l’a souligné : c’est la valeur ajoutée fondamentale de ce sommet. Le Rwanda, bien qu’invité et membre, se voit désigner comme la partie fautive par ses pairs.
La présidence de la CIRGL offre à la RDC une tribune inédite. Ce n’est plus seulement la victime qui dénonce, c’est désormais le leader qui orchestre la réponse régionale. Les deux années à venir seront décisives. Le gouvernement devra transformer cette légitimité diplomatique fraîchement acquise en actions concrètes pour la paix et le retrait des forces étrangères. La balle est dans le camp de la RDC, mais pour la première fois, elle a le ballon et le soutien de toute l’équipe.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













