Alors que s’ouvre la 80e Assemblée générale des Nations Unies, la RD Congo se trouve à un carrefour décisif de son histoire. Face à l’agression et à l’occupation rwandaise de ses territoires orientaux, Kinshasa intensifie son offensive diplomatique pour obtenir justice et sécurité. Le Conseil de sécurité de l’ONU, organe suprême du maintien de la paix internationale, représente à la fois un espoir et une solution potentielle pour mettre fin à cette crise.
Le Conseil de sécurité est l’un des six organes principaux de l’ONU, doté de la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Créé en 1945 par la Charte des Nations Unies, il possède des pouvoirs uniques. Contrairement aux autres organes de l’ONU, ses résolutions sont obligatoires pour tous les États membres. Il peut imposer des sanctions économiques, des embargos sur les armes, voire autoriser des interventions militaires pour rétablir la paix.
Il envoie des missions d’enquête, nomme des envoyés spéciaux et ordonne des cessez-le-feu pour prévenir l’escalade des conflits. Dans le contexte congolais, le Conseil a déjà condamné le Rwanda pour son soutien au RDF/M23 et exigé le retrait de ses troupes du territoire congolais. Cependant, son action reste entravée par les divisions politiques et l’usage du veto par les membres permanents.
La RDC a été élue vice-présidente de la 80e session de l’Assemblée générale, marquant son retour sur la scène diplomatique internationale. Cette position stratégique offre à Kinshasa plusieurs leviers. Le gouvernement congolais organise une conférence intitulée « Trente ans de conflits armés en RDC : appel à la reconnaissance des génocides oubliés » pour mobiliser la communauté internationale. Le président Félix Tshisekedi portera un discours exigeant des sanctions ciblées contre les responsables rwandais et du RDF/M23.
La RDC cherchera à consolider le soutien des pays africains (A3+) et des puissances occidentales pour une action concertée au Conseil de sécurité. Cette tribune est d’autant plus cruciale que la résolution 2773 (2025) du Conseil de sécurité, exigeant le retrait rwandais, n’a pas été pleinement appliquée. Les preuves de l’implication rwandaise dans l’est de la RDC sont accablantes.
Le Conseil de sécurité a unanimement condamné le Rwanda pour son soutien aux terroristes du RDF/M23, responsables de massacres de civils, de déplacements massifs et de pillages économiques. Le RDF/M23 a établi des administrations parallèles dans les régions de Goma et Bukavu, violant la souveraineté congolaise. Kigali pille les minerais congolais (or, coltan) pour financer son économie et son effort de guerre.
Malgré les condamnations, le Rwanda nie toute implication et bloque les processus diplomatiques, comme l’accord de Washington et le dialogue de Doha. Pour que le Conseil de sécurité devienne une solution efficace, plusieurs conditions doivent être remplies. Le Conseil doit imposer des sanctions économiques et des interdictions de voyager aux responsables rwandais et du RDF/M23, comme demandé par la RDC.
Un organe indépendant doit surveiller le retrait des troupes rwandaises et la neutralisation des groupes armés. Les membres permanents (États-Unis, France, Chine, Russie, Royaume-Uni) doivent s’abstenir d’utiliser leur veto pour protéger le Rwanda, comme cela s’est produit dans d’autres crises. La résolution 2773 (2025) offre déjà une base légale pour une action coercitive, mais son application nécessite une volonté politique renouvelée.
Pour maximiser son impact, la RDC devrait former une coalition solide au sein de l’Union africaine et du groupe A3+ pour porter une voix unie au Conseil de sécurité, collaborer avec les experts de l’ONU pour fournir des rapports détaillés sur les violations des droits de l’homme et l’exploitation illégale des ressources et demander au Conseil de sécurité de référer la situation en RDC à la CPI pour enquêter sur les crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
La 80e Assemblée générale de l’ONU représente une opportunité sans précédent pour la RDC de faire entendre sa voix et d’obtenir justice. Le Conseil de sécurité, s’il agit avec détermination et impartialité, peut contraindre le Rwanda à respecter la souveraineté congolaise et mettre fin à trois décennies de souffrance. Kinshasa doit capitaliser sur son rôle de vice-président de l’Assemblée pour galvaniser le soutien international et rappeler au Conseil de sécurité sa responsabilité première : maintenir la paix et la sécurité pour tous, sans exception.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












