La RD Congo est un paradoxe géant. Elle incarne à la fois l’immensité des richesses et l’étendue des tragédies. Pourtant, aujourd’hui, elle semble avoir cessé de penser, de réfléchir, de se projeter. Elle est devenue une nation où les élites politiques et économiques, enfermées dans des postures égoïstes et des calculs de pouvoir immédiats, maintiennent le peuple dans une intemporalité violente.
Un présent perpétuel où tout se dégrade sans que personne ne semble capable d’enrayer la chute. Alors que le monde évolue dans des dynamiques géostratégiques complexes, la RDC reste engluée dans des conflits archaïques, des luttes de factions et une gouvernance défaillante. Comment en est-on arrivé là ? Et surtout, comment sortir de ce grand sommeil ?
L’élite congolaise, qu’elle soit politique, militaire ou économique, fonctionne comme une caste fermée, plus préoccupée par la conservation de ses privilèges que par le destin collectif. Une élite déconnectée et prédatrice engluée dans le jeu des ambitions personnelles au détriment de la nation. L’exemple le plus frappant et le plus récent est celui de l’ancien président Joseph Kabila.
Cet homme ayant dirigé la RDC pendant 18 ans, qui, après des années de silence, resurgit en 2025 pour dénoncer le « régime tyrannique » de son successeur Félix Tshisekedi, tout en préparant un retour politique opportuniste via une milice terroriste équipée, entraînée et contrôlée par le Rwanda. Pendant ce temps, la majorité au pouvoir proposait des modifications constitutionnelles inopportunes.
Alors que le RDF/M23 s’empare de Goma en janvier 2025 puis de Bukavu en février, l’État congolais se révèle incapable de protéger ses citoyens face à des terroristes qui commettent des exactions contre les civils, tandis que les violences sexuelles et les déplacements massifs de population atteignent des niveaux catastrophiques. Le peuple Congolais se trouve otage des conflits éternels.
Les Congolais vivent dans un présent perpétuel, où l’avenir est une notion abstraite. Les écoles ferment, les centres de santé sont pillés, et des millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire. L’ONU rapporte que plus de 5 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, tandis que des épidémies comme le choléra se propagent dans des conditions sanitaires déplorables.
Contrairement à d’autres nations africaines qui tentent de s’insérer dans des dynamiques mondiales (comme la transition énergétique ou les alliances économiques), la RDC semble incapable de formuler une vision d’ensemble. Alors que le Caucase devient un enjeu énergétique pour l’Europe, que l’eau douce est un sujet géopolitique majeur, la RDC reste prisonnière de ses divisions internes avec le Rwanda, acteur clé de la déstabilisation.
La RDC est incapable d’exploiter ses propres ressources (minerais, eau, terres agricoles) pour le bien de sa population. Les rapports de l’ONU confirment que le Rwanda soutient militairement les terroristes du RDF/M23, avec près de 4 000 soldats déployés en RDC. Pourtant, malgré les preuves, la communauté internationale peine à agir de manière décisive ? Il y a clairement un échec des missions de paix.
La MONUSCO (Mission des Nations Unies en RDC), en cours de retrait depuis 2023, n’a pas réussi à stabiliser la région. La mission de la Communauté de développement de l’Afrique australe, déployée fin 2023, n’a pas non plus inversé la tendance. Il faut réveiller la conscience congolaise. La RDC est à un carrefour. Elle mérite mieux que cette intemporalité violente. Elle mérite un futur.
Soit elle continue de sombrer dans l’intemporalité du chaos, soit elle se réveille et impose une nouvelle élite capable de penser, de réfléchir et de projeter le pays dans l’avenir. Pour cela, trois urgences : une refonte totale de la gouvernance pour éliminer la corruption et instaurer des institutions fortes. Une réconciliation nationale pour briser le cycle des conflits ethniques et géopolitiques manipulés.
Et une réappropriation des ressources pour cesser de laisser les minerais financer des guerres et les utiliser pour le développement. À force de regarder le monde à travers les décombres, la RDC a oublié que mêmes les ruines peuvent être bâties en opportunités, si les bâtisseurs n’ont pas peur de la poussière. Il semble que les riches en RDC aient découvert un nouveau type d’art : garder le peuple enchaîné à l’horloge du désespoir tout en dansant sur le tapis des richesses inexplorées.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain/ Consultant senior cabinet CICPAR













