“En annonçant sa candidature au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, Kinshasa lance un pavé dans la mare diplomatique, visant à affirmer son leadership et à recomposer les équilibres au sein de l’espace francophone”.
C’est une démarche qui dépasse largement le simple jeu des chancelleries. Vendredi 30 décembre, la RD Congo a officiellement annoncé, par la voix de sa ministre déléguée chargée de la Francophonie, son intention de briguer le poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Une décision prise en Conseil des ministres et qui propulse la RDC au cœur d’une bataille diplomatique majeure, dont l’issue se jouera les 15 et 16 novembre prochains au Cambodge.
La candidature congolaise, dont le porteur ou la porteuse n’est pas encore désigné, intervient dans un contexte géopolitique chargé. Elle s’inscrit d’abord dans une logique d’affirmation. Avec son statut de plus grand pays francophone du monde par sa population, la RDC estime légitime d’aspirer à piloter l’institution qui incarne cet espace linguistique et culturel. Il s’agit d’une revendication de poids et de reconnaissance sur la scène internationale.
Mais l’annonce de Kinshasa possède une dimension stratégique plus immédiate et régionale. Elle se produit alors que l’actuelle secrétaire générale, Louise Mushikiwabo, est originaire du Rwanda voisin. Les relations entre la RDC et Kigali sont notoirement exécrables, marquées par des accusations récurrentes de soutien à des groupes armés et une défiance profonde. En se positionnant comme un challenger sérieux, voire comme l’alternative, la RDC place la question de la direction de l’OIF sur l’échiquier des tensions des Grands Lacs.
C’est une manière de contester l’influence rwandaise et de projeter sa propre puissance diplomatique. Le chemin vers le siège du Secrétariat général, basé à Paris, sera semé d’embûches. La règle de l’alternance entre les continents (Afrique, Europe, Amérique/Caraïbes) et les sous-régions joue en faveur d’une candidature africaine, mais la concurrence sera féroce. Mme Mushikiwabo, si elle sollicite un troisième mandat, bénéficiera de l’avantage du sortant et du soutien traditionnel de la France, son principal bailleur de fonds.
La RDC devra donc construire une coalition solide, convaincre les 88 États et gouvernements membres de la pertinence de sa vision pour une Francophonie du XXIe siècle. Les arguments de Kinshasa pourraient porter sur la jeunesse de sa population – un atout crucial pour l’avenir de la langue française –, son immense potentiel économique, et sa volonté de recentrer l’organisation sur des enjeux de développement concret, d’éducation et de paix.
La RDC pourrait aussi mettre en avant sa position de pays-continent, symbole à la fois des défis et des opportunités de l’Afrique francophone. Cette candidature oblige à une réflexion plus large sur l’orientation de l’OIF. L’élection de novembre prochain ne sera pas seulement un choix entre deux personnalités ou deux pays ; ce sera un référendum sur le rôle de l’organisation. Doit-elle rester un club diplomatique largement influencé par Paris ?
Ou peut-elle devenir une plateforme plus équilibrée, portée par ses membres africains, pour défendre des intérêts communs dans un monde multipolaire ? En se lançant dans la course, la RDC prend un risque calculé. Une défaite face au Rwanda serait un camouflet. Mais une victoire, ou même une campagne forte, lui offrirait un prestige inédit et une tribune mondiale. Elle envoie déjà un message clair : l’ère où la Francophonie se décidait sans la pleine participation de ses membres les plus peuplés est révolue. La bataille pour Porte de la Vanne est ouverte, et elle promet d’être passionnante.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













