Le mandat rwandais à la tête de l’OIF touche à sa fin. Pour la RD Congo, l’heure est venue de revendiquer son dû : le Secrétariat général. Une revendication qui dépasse la simple légitimité pour toucher à l’avenir même de la Francophonie. La maison commune, ce n’est pas seulement une langue partagée, c’est un destin commun. Et dans cette grande famille de la “Francophonie”, un paradoxe criant persiste.
La RD Congo, plus grand pays francophone du monde avec près de 100 millions de locuteurs, n’a jamais occupé le poste de Secrétaire général de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Alors que le mandat du Rwanda s’achève, la question n’est plus une simple formalité, mais une nécessité stratégique. Pour la RDC, c’est l’occasion de se ré-approprier son rôle de pilier.
Pour la Francophonie, c’est la chance de se réinventer en se tournant résolument vers l’Afrique, son avenir. La RDC n’est pas un pays francophone parmi d’autres. Elle en est le cœur battant. Avec une population approchant les 100 millions d’habitants, dont une majorité parle ou comprend le français, la RDC représente à elle seule le plus grand réservoir de francophones de la planète, devant la France.
Ignorer ce poids démographique, c’est ignorer la réalité même de la francophonie du XXIe siècle. Depuis la création de l’organisation, le poste de Secrétaire général a été occupé par un Égyptien, un Sénégalais, un Canadien et un Rwandais. L’absence de la RDC dans cette liste est une anomalie historique qui ne peut plus durer. Il est temps que le géant prenne sa place à la tête de la table.
Au-delà du prestige, le Secrétariat général est un outil de puissance. Ce poste offrirait à la RDC une visibilité et une audience internationales sans précédent. Kinshasa pourrait porter directement ses priorités – la sécurité dans l’Est, le développement économique, la gestion des ressources – sur la scène mondiale, avec une autorité morale renforcée. Dans la course à l’influence en Afrique, la RDC se positionnerait comme un pôle incontournable.
Diriger l’OIF, c’est peser sur les débats qui animent le continent, des enjeux éducatifs aux transitions démocratiques, et renforcer ses partenariats stratégiques. Dans un contexte de rivalités géopolitiques en Afrique centrale, la RDC, à la tête de l’OIF, incarnerait une voix francophone souveraine, capable de défendre les intérêts de l’espace francophone face à d’autres sphères d’influence.
La RDC n’a pas seulement la taille ; elle a une vision à proposer. La RDC peut impulser une francophonie moins institutionnelle et plus proche des citoyens. Une francophonie qui s’incarne dans les écoles, les universités, les startups et la culture populaire. Son expérience d’un français vécu, métissé, dynamique (le “français congolais”) est une richesse à valoriser. Avec plus de 60% de sa population ayant moins de 25 ans, la RDC peut faire de la jeunesse francophone sa priorité.
Elle pourrait lancer des programmes ambitieux de bourses, de mobilité étudiante et de soutien à l’entrepreneuriat numérique des jeunes francophones. Le prochain Secrétaire général devra faire de l’OIF un acteur du développement économique. La RDC, avec son immense potentiel en ressources naturelles et son marché en croissance, peut promouvoir une francophonie des affaires, facilitant les échanges commerciaux et les partenariats d’investissement au sein de l’espace.
La scène culturelle congolaise (musique, littérature, arts) est l’une des plus vibrantes d’Afrique. Elle peut en devenir l’ambassadrice, organisant des sommets culturels francophones et soutenant les industries créatives. La candidature de la RDC représenterait un signal fort après le mandat du Rwanda, souvent perçu comme celui d’un pays dont le lien avec la francophonie est plus politique que culturel.
La RDC incarne une francophonie organique, ancrée dans l’histoire et la société. Son leadership marquerait un retour aux racines culturelles et linguistiques de l’organisation. En dépit de ses défis internes, la RDC, sous la présidence Félix Tshisekedi, affiche une volonté de s’affirmer comme un acteur stable et rassembleur en Afrique centrale. Cette énergie peut être bénéfique pour une OIF qui cherche son second souffle.
Plus qu’une ambition, une nécessité
La revendication de la RDC n’est pas un caprice de géant méconnu. C’est une exigence de cohérence et de réalisme. La Francophonie du futur ne peut se construire sans son membre le plus peuplé, sans la créativité de sa jeunesse et sans le dynamisme de sa culture. Le moment est venu. À la communauté francophone de saisir cette opportunité historique : placer la RDC à la tête de l’OIF, ce n’est pas seulement lui rendre justice.
C’est offrir à la Francophonie elle-même une chance de se réinventer, de se rajeunir et de s’ancrer durablement dans le siècle qui vient. Le géant francophone est prêt. La famille est-elle prête à l’accueillir à sa tête ? L’avenir de la maison commune en dépend.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













