Ce matin du samedi 12 Avril 2025, la rivière Ndjili a encore franchi ses berges, comme pour rappeler aux habitants de Kinshasa que les lois de la nature sont plus constantes que les promesses des autorités. Une fois de plus, les quartiers de Limete, Matete, Ndjili et Masina se préparent au ballet désolant des eaux boueuses, des routes coupées et des vies paralysées.
Une fois de plus, les Kinois se demandent si leurs dirigeants ont autre chose à offrir que des condoléances tardives et des solutions éphémères. La rivière Ndjili n’est pas une rivière capricieuse : elle obéit à des cycles hydrologiques prévisibles. Pourtant, chaque année, c’est la même surprise théâtrale. “La rivière déborde !” s’exclament les médias, comme si le phénomène était une nouveauté.
Les autorités provinciales, elles, jouent les Cassandre impuissants : “Nous alertons la population”, “Nous étudions des solutions durables”, “Des mesures seront prises”. Des mots, toujours des mots. Pendant ce temps, des milliers de citoyens voient leurs maisons inondées, leurs commerces noyés, leurs déplacements rendus impossibles. La question n’est plus de savoir si la rivière Ndjili va déborder.
Mais quand – et surtout, combien de temps il faudra encore attendre avant que cette catastrophe prévisible ne soit traitée avec sérieux. Les autorités provinciales et municipales ont-elles seulement consulté une carte hydrographique ? Ont-elles jamais envisagé des travaux de canalisation, de curage préventif, ou même simplement un système d’alerte efficace ? À en juger par leur gestion erratique, on peut en douter.
Pire encore : les constructions anarchiques, encouragées par la corruption et l’absence de régulation urbaine, ont aggravé le problème. Des canaux naturels d’écoulement ont été bétonnés, des zones inondables loties, et aujourd’hui, c’est la population qui paie le prix de cette gabegie. Et que font les responsables ? Ils promettent, comme en 2020, comme en 2021, comme en 2023 et comme en 2024.
Des budgets sont votés, des contrats signés, mais les résultats sont aussi visibles que l’eau potable dans les robinets de Kinshasa : inexistants. Face à cette incurie, les Kinois n’ont d’autre choix que de s’adapter. Ils construiront des digues de fortune, détourneront les eaux avec des moyens de bricoleurs, et attendront que la rivière daigne se calmer. Ils sont condamnés à être plus ingénieux que leurs dirigeants.
Mais jusqu’à quand ? Jusqu’à la prochaine catastrophe ? Jusqu’à ce qu’un drame humain plus grave ne secoue enfin les consciences ? La rivière Ndjili continuera de déborder. Les autorités provinciales qui ont été élues pour résoudre ce problème continueront de “suivre la situation avec attention”. Et les Kinois, eux, continueront de patauger dans la boue de l’indifférence. Il est temps que cette mascarade cesse.
Qu’on arrête de traiter les inondations comme une fatalité alors qu’elles sont le résultat d’un abandon politique. Qu’on cesse de jouer les surpris alors que le problème est connu, documenté, et récurrent. La prochaine fois que la rivière Ndjili montera, peut-être faudrait-il qu’elle emporte avec elle l’incompétence et l’apathie de ceux qui sont censés protéger la population.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior Cabinet CICPAR













