Dans un pays où la beauté des paysages rivalise avec la misère de la gestion publique, la République Démocratique du Congo se distingue par une particularité qui n’étonne plus personne : l’art de vivre avec la saleté. Ce n’est pas simplement une question d’hygiène, mais un véritable mode de gouvernance.
Certaines autorités congolaises semblent avoir trouvé un confort dans le désordre, un réconfort dans l’insalubrité, et une satisfaction dans l’ignorance des réalités environnementales. Il est fascinant de voir comment ces dignitaires, souvent en costume-cravate, se déplacent dans des voitures rutilantes à travers des rues jonchées de déchets, comme s’ils évoluaient dans une bulle de propreté hermétique.
Mais la réalité qui les entoure ne semble pas les effrayer. Au contraire, elle semble leur convenir. La saleté, pour ces autorités, est devenue un symbole de leur pouvoir : « regardez comme je peux ignorer cette décharge à ciel ouvert, car je suis au-dessus de ça ». L’indifférence de certaines autorités face à la saleté environnante, suggérant qu’elles ne perçoivent pas les problèmes qui les entourent.
Les villes comme Kinshasa, avec leur mélange de boue, de plastique et de désespoir, deviennent des terrains de jeu pour les politiciens qui, au lieu de s’attaquer à la gestion des déchets, préfèrent se concentrer sur des projets de grande envergure – souvent fictifs – qui leur rapportent davantage de dividendes. On ne peut pas balayer une maison en gardant la porte ouverte.
Les initiatives de nettoyage apparaissent comme des coups d’épée dans l’eau, des opérations de communication vides de sens, réalisées à grand renfort de caméras mais sans aucun suivi par la suite. Les Congolais, habitués à cette danse macabre entre promesses et déceptions, regardent leurs dirigeants avec une résignation teintée d’ironie.
Qui parmi nous n’a jamais vu ces campagnes de sensibilisation à l’environnement, qui fleurissent comme des champignons après la pluie, souvent financées par des ONG étrangères ? Les affiches colorées promettent un avenir radieux, mais le lendemain, la réalité reprend ses droits : les ordures s’entassent, les rivières débordent de déchets, et les rues deviennent des poubelles à ciel ouvert.
Il est aussi important de noter que cette saleté n’est pas seulement physique ; elle est profondément ancrée dans les pratiques administratives. La corruption s’invite à chaque niveau, et les fonds destinés à l’assainissement sont souvent détournés vers des poches bien plus intéressées. Ces autorités se nourrissent de la crasse, de la négligence et du manque d’infrastructures.
Car cela leur permet de maintenir un état de dépendance et de contrôle sur une population qui, dans son désespoir, ne sait plus vers qui se tourner. Les petites mains, celles qui nettoient les rues, qui ramassent les déchets, sont souvent reléguées au rang de figurants invisibles dans cette tragédie urbaine. Leur labeur acharné est inefficace face à l’inaction de ces autorités.
Qui préfèrent se concentrer sur des projets grandioses et des discours enflammés, tout en dédaignant les réalités du quotidien. Finalement, la saleté en RDC ne se résume pas à une question d’hygiène, mais devient le reflet d’un système où l’indifférence et l’incompétence s’entrelacent. Les autorités congolaises, en s’accommodant de la crasse, offrent à leur peuple un spectacle désolant.
Celui d’un pays qui, dans une danse macabre avec la saleté, semble avoir oublié le sens même du mot « dignité ». En attendant, les Congolais continuent de vivre dans cette absurdité, observant avec un mélange de cynisme et de résignation cette valse tragique entre promesses non tenues et déchets omniprésents. L’éléphant ne voit pas la boue sous ses pieds.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













