Il faut le dire : le Rwanda, ce petit pays d’Afrique de l’Est, a décidément un sens de la sécurité qui frôle l’absurde. Dans un élan d’hypocrisie à faire pâlir les plus grands cyniques, le ministre des Affaires étrangères rwandais, Olivier Nduhungirehe, a récemment déclaré que son pays ne permettra pas que sa sécurité et son intégrité territoriale soient mises en danger.
La belle ironie ! C’est un peu comme si un voleur criait au secours pendant qu’il dévalise une maison. Dans le même souffle, le Rwanda se permet de violer allègrement la souveraineté de la République Démocratique du Congo, tout en plaidant pour des « mesures défensives légitimes, efficaces et proportionnées » le long de sa frontière.
Qui aurait cru que la sécurité s’appliquait de manière si sélective ? Peut-être que pour Kigali, la sécurité nationale est un concept qui ne s’applique qu’à eux, tandis que les voisins peuvent se débrouiller avec les miettes de paix qu’ils laissent derrière eux. Et maintenant, alors que la RDC est confrontée à des menaces qui émanent directement des actions rwandaises, la réponse de Nduhungirehe est de parler de paix et de dialogue.
Un dialogue, vraiment ? C’est un peu comme demander à un lion de discuter pacifiquement avec une gazelle. Si le Rwanda souhaite vraiment établir la paix, peut-être devrait-il commencer par un dialogue entre Paul Kagame et les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR). Après tout, pourquoi ne pas inviter les acteurs de la crise à la table des négociations, plutôt que de continuer à jouer les victimes ?
« La paix ne peut être obtenue si les causes profondes des problèmes ne sont pas traitées », déclare le ministre avec une sagesse qui semble tout droit sortie d’un manuel sur la résolution des conflits. Mais, Monsieur Nduhungirehe, qui se préoccupe réellement des « causes profondes » quand on peut simplement pointer du doigt le voisin et jouer le jeu de la victime ?
C’est un peu facile de prêcher la paix tout en armant ses troupes et en fomentant l’instabilité chez autrui. Il est grand temps que la RDC réponde à cette provocation. Imposer un dialogue entre Kagame et les FDLR pourrait être un premier pas vers la rétablissement d’une certaine forme d’équilibre. Après tout, si le Rwanda se sent menacé par des acteurs qu’il a lui-même contribué à créer, peut-être que la meilleure chose à faire serait de les confronter plutôt que de se cacher derrière un vernis de légitimité.
La déclaration de Nduhungirehe est un exemple parfait de la manière dont certains pays peuvent se draper dans le manteau de la légitimité tout en agissant de manière à saper la paix régionale. Le monde doit se lever contre cette hypocrisie, car tant que cette dynamique perdurera, la paix dans la région restera un rêve lointain.
En attendant, la RDC doit trouver sa voix et répondre avec la fermeté nécessaire pour faire face à cette arrogance. Après tout, la sécurité ne devrait pas être une question de privilège, mais de respect mutuel et de coexistence pacifique.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













