Trente ans de carnage, une liste de morts suspectes qui ne ment pas, et un schéma si parfait qu’il en devient une politique d’État. L’équation est mortelle. Le sort des collaborateurs Congolais de Kigali devrait interpeller Corneille Nangaa. L’histoire ne ment pas. Ceux qui servent le projet rwandais en RDC meurent jeunes, seuls les architectes de Kigali survivent.
Alors que Corneille Nangaa et d’autres figures congolaises s’engagent dans l’aventure politique controversée du RDF/M23, un examen attentif des trente dernières années offre une leçon sinistre qui devrait les faire réfléchir. L’histoire récente de la RDC est jonchée de cadavres d’hommes politiques congolais qui ont cru pouvoir utiliser le soutien rwandais pour servir leurs ambitions.
La liste qui parle d’elle-même
André Kisase Ngandu, le premier commandant militaire de l’AFDL, meurt mystérieusement en 1997. Laurent-Désiré Kabila, celui qui a porté le titre de président de la république, est assassiné en 2001. Anselme Masasu Nindaga, figure jeune et populaire, est exécuté sommairement. Jean-Pierre Ondekane, Gaetan Kakudji, Ernest Wamba dia Wamba et autres – tous emportés par des morts suspectes ou des marginalisations fatales.
Pendant ce temps, les architectes rwandais de ces rébellions – James Kabarebe, Laurent Nkundabatware, Bosco Ntaganda, Sultani Makenga, Azarias Ruberwa, Moïse Nyarugabo, Lawrence Kanyuka, Bertrand Bisimwa et autres – sont toujours en vie, prospèrent même pour certains. La disproportion est trop flagrante pour être une coïncidence. Les chercheurs et observateurs avertis discernent un schéma récurrent.
Les collaborateurs congolais sont utiles pendant la phase de conquête et deviennent encombrants une fois leur utilité épuisée. Ils sont finalement liquidés lorsqu’ils représentent un risque potentiel pour le projet final de contrôle des ressources et de balkanisation de l’Est de la RDC. C’est une géopolitique de l’élimination ciblée. Les Congolais fournissent la légitimité initiale, puis sont écartés lorsque leur présence devient gênante. Les Rwandais, eux, conservent toujours le contrôle réel.
Aux hommes politiques congolais qui s’engagent aujourd’hui dans des alliances avec Kigali, l’histoire adresse un avertissement sombre : regardez le sort de vos prédécesseurs. Aucun n’a atteint un âge avancé. Aucun n’a connu une retraite paisible. Tous sont morts dans la force de l’âge, dans des circonstances qui continuent d’interroger. Le compte à rebours est déjà lancé pour certains qui servent Paul Kagame à Goma.
À Corneille Nangaa et à tous ceux qui empruntent ce chemin périlleux, posons cette question cruciale : Croyez-vous vraiment vivre jusqu’à 120 ans ? L’histoire récente suggère que non. Elle montre que ceux qui servent de caution congolaise au projet rwandais ont une espérance de vie politique – et tout simplement physique – radicalement réduite. Les archives médicales de la région ne mentionnent aucun cas de collaboration avec Kigali prolongeant la longévité.
Bien au contraire. Le compte à rebours est déjà lancé. Chaque jour qui passe dans cette aventure macabre rapproche un peu plus du sort réservé à tous ceux qui, avant vous, ont cru pouvoir contrôler le tigre rwandais. Les Kisase, Kabila, Masasu et Ondekane vous regardent depuis l’histoire et attendent
de voir si vous tirerez les leçons de leur tragique destin ou si vous rejoindrez leur funèbre panthéon.
La question n’est pas de savoir si vous serez éliminés, mais quand et comment. L’équation est simple : servez le projet jusqu’à ce que vous deveniez gênant, puis disparaissez. Les précédents sont trop nombreux, trop cohérents, pour être ignorés. Votre vie politique – et votre vie tout court – en dépendent. Même le plus fier des fleuves finit par rejoindre son océan, mais celui qui se laisse détourner par les marées étrangères se perd dans des marécages dont il ne revient jamais.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













